Phénix-Mag
Phénix

Phénix-Web

Le site du magazine qui renait de ses cendres !

Vous êtes ici : Accueil > Nouvelles > Recueil > SABATER Jimmy - Bazooka

SABATER Jimmy - Bazooka

Mis en ligne le 5 octobre 2008


Attention, ces images et ces textes appartiennent à leurs auteurs et sont mis en ligne ici avec leur aimable autorisation. Si vous désirez faire un usage quelconque de ces textes ou images, merci de vous reporter à leur site personnel afin d'avoir de plus amples informations sur les conditions d'utilisation autorisées par leurs créateurs ou afin de prendre contact avec eux.


Le sol est couvert d’une épaisse couche de crasse noirâtre et mes pas s’y enfoncent toujours un peu plus. Je branche le Vérificateur et cours jusqu’à une porte métallique, un peu plus bas, sur la droite.

Une lumière jaunâtre éclaire un couloir délabré dont le plafond vomit des milliers de fils électriques dénudés. L’atmosphère y est viciée par une odeur de pourri qui semble provenir du sous-sol.
- Vérificateur.
- Humain détecté à 110°.

J’arme mon fusil et cours. Une porte bloquée. Je tire.

Le métal de la serrure est encore rougi et je force le passage.

La pièce enfumée est encombrée de vieux ordinateurs et de tables moisies couvertes de poussière.
- Vérificateur.
- Le suspect n’est pas armé ou il est muni de puissants brouilleurs.

Une seconde porte. Je la défonce.

Sous la déflagration, elle s’envole à cinq mètres pour s’incruster dans un mur de briques.

Je me tourne à 110°. Devant moi un gamin d’à peine quatorze ans.
- Vérificateur.
- Suspect identifié.

Je tire. Charge maximum. Le gosse explose.

Le feu incendie la pièce, le tonnerre gronde, le sang gicle sur les murs.
- Vérificateur.
- Suspect manqué, la cible était un clone végétal.
- Il va falloir être un peu plus précise, ma chérie. Il nous reste à peine vingt minutes pour le trouver !
- Détection d’un androïde blindé et armé à 180°. C’était un piège !

J’ai à peine le temps de me retourner que j’aperçois l’imposant canon noir et brillant de la stupide machine programmée pour la chasse à l’homme. Je plonge sur le sol juste à temps pour éviter son tir fatal. Je me retourne et lui envoie une charge qu’il n’oubliera pas de sitôt.

La tête de la pauvre chose fume. Son blindage supporte la chaleur, mais ses malheureux circuits intérieurs ont fondu. Je me relève d’un bond, paré à l’achever.
- Autodestruction de l’androïde prévue dans moins de 5 secondes, me prévient le Vérificateur.

Je cours jusqu’à la pièce voisine et m’écorche la moitié du bras en passant trop près d’un monceau de ferraille rouillée.

Le robot explose avec un tel souffle que la cloison du couloir se désolidarise du sol et vient s’écraser contre moi.

Je suis paralysé sous le poids de l’amas de gravats.
- Détection de trois autres androïdes policiers armés à moins de cinq cents mètres. Détection du suspect à l’étage supérieur. Il dispose de brouilleurs que je ne parviens pas à désactiver. Calcul des verrous de sécurité en cours…

J’arrive à peine à dégager mon canon, mais je tire à l’oblique, en désespoir de cause.

Le mur se retrouve éclaté, je parviens enfin à le repousser à coups de pieds.

Si la police me tombe dessus, je suis bon pour plusieurs années dans les quartiers de haute surveillance d’une quelconque prison perdue dans l’espace. Meurtres, vols, piratages informatiques, détournement de fonds… J’arrête-là. J’en aurais pour des heures à énumérer tout ce que l’on me reproche…

Je suis si près du but, à présent. D’ici quinze minutes, je décrocherai le contrat le plus rémunérateur de toute ma carrière.

Je flingue cette bande de petits voyous et à moi les honneurs, Paradise29 et tous les plaisirs de l’univers.
- Sécurité désactivée…

J’en étais sûr. J’ai l’un des meilleurs Vérificateurs du monde !
- Je t’écoute, ma chérie !
- Il y a six hommes et trois androïdes armés. Le suspect est parmi eux…
- Quelles sont leurs armes ?

Le silence.

Mon Vérificateur ne répond plus. Ils ont réussi à le planter. Ils doivent maintenant tenter de le reprogrammer.

J’appuie sur un bouton de ma lunette et voilà mon Vérificateur qui redémarre.

Je me retrouve quelques instants vulnérable, aveugle dans l’obscurité, au milieu de cette crasse innommable et de ces odeurs cadavériques.

Je me demande parfois comment faisaient les flics au vingt et unième siècle pour débusquer les assassins. Ça devait être tellement facile de faire son boulot et de se planquer ensuite…

J’entends subitement le claquement d’une armure de métallique.
- En vertu des droits qui me sont conférés, je dois procéder à votre élimination définitive…

Je me retourne et découvre un androïde policier de deux mètres de haut dont la bouche ouverte pointe déjà une fléchette mortelle dans ma direction.
- Veuillez coopérer, je vous prie…

Je lui évite une mise en garde plus longue en lui faisant exploser le crâne d’une charge redoutable.

La machine sans tête reste debout quelques secondes, avant de s’effondrer au milieu d’un tas de briques et de poussière.

Je n’ai plus une seconde à perdre.

Juste au-dessus, l’un de ceux que je poursuis détient une collection de bactéries qui suffirait à anéantir toute forme de vie pour des millénaires.

Ils ont dérobé ces bombes biologiques chez un puissant groupe pharmaceutique qui m’a embauché pour éviter que cette vilaine publicité n’effrite le montant de ses actions en bourse.

Je dois les empêcher de livrer leur larcin à une armée étrangère, prête à payer n’importe quel prix pour s’offrir l’arme suprême.
- Un androïde policier vient de commander trois navettes ainsi que des robots-chasseurs.

Mon Vérificateur fonctionne de nouveau, je vois enfin dans l’obscurité.

Je m’engouffre dans les escaliers.

J’entends de nouveaux pas. Il y a quelqu’un qui descend. Pas le temps de faire de détail. Je l’explose.

Derrière la fumée, j’aperçois un chat éventré dont la chair grillée me rappelle que je n’ai rien mangé depuis deux jours.

Plus haut, des gens courent. Ils ont dû comprendre qu’ils n’avaient pas affaire à l’un de ces petits flics qu’ils peuvent embobiner, ni à ces robots qu’ils reprogramment à la volée avec un simple clavier d’étudiant.
- L’une des navettes de Lagan vient de se poser sur le toit de l’immeuble. Ils sont équipés de brouilleurs diplomatiques que je ne peux désactiver.

À l’étage, une explosion souffle une pièce dans un vacarme qui manque de me percer les tympans.

Ils font diversion en espérant me faire perdre mon temps.

Je monte au niveau supérieur.
- Détection d’un…

Le Vérificateur n’a pas le temps de me prévenir.

Je viens de recevoir une fléchette emplie d’un puissant somnifère.

Dans deux minutes, je serai dans les bras de Morphée.

Je vise l’androïde qu’ont abandonné les terroristes en lui destinant une charge maximum, mais il me devance d’une seconde et s’autodétruit avant que je ne tire.

La machine dévaste une partie du couloir et des escaliers, et un morceau de métal vient se loger dans la chair de mon flanc droit, m’occasionnant une douleur insoutenable.

Je commence à vaciller.
- Vérificateur, où sont-ils ?
- Le groupe vient d’accéder au toit de l’immeuble.

J’examine rapidement le plan du quartier à travers mon œilleton, cherchant une parade, la moindre faille, une ultime solution.

Combien de temps me reste-t-il ? Une minute, tout au plus. Après, le sommeil me terrassera et je ne pourrai plus résister à la douleur de mon rein.

Je règle la puissance de mon canon au maximum et j’explose le mur qui mène au bâtiment voisin. Je serai bientôt à bout d’énergie, mais il doit m’en rester suffisamment pour tenir mes dernières secondes.

Je me mets à courir à corps perdu au milieu des décombres et de la fumée.

Un jeune couple, étendu sur un lit, n’en revient pas en me voyant pénétrer dans leur chambre à coucher d’une manière aussi dévastatrice.

Ils demeurent bouches bées, mais je n’ai pas plus de temps pour les présentations.

Je défonce une autre porte, me voilà dans l’ascenseur.
- La navette de Lagan s’apprête à décoller, tout le groupe est monté à l’intérieur. Détection de douze androïdes-policiers au rez-de-chaussée, continue mon Vérificateur.

Mes yeux se ferment tout seuls. Il ne faut pas, sinon, c’est la fin.

Les portes de métal glissent devant moi.

Je suis maintenant deux étages au-dessus du niveau de mes petits voleurs.

Ma hanche me lance, tant pis.

J’explose l’entrée d’un appartement et me dirige vers la fenêtre d’une petite salle de bains que j’éclate d’un coup de pied.
- Androïde-policier à moins de quinze mètres.

J’entends les cris d’une jeune femme, complètement affolée. Elle doit se demander pourquoi je suis chez elle.

Sur le toit d’à côté, la navette peine à décoller.

Ce sont eux qui s’enfuient, emportant assez de bactéries mortelles pour effacer l’espèce humaine de la surface du globe.

Derrière l’un des hublots, un adolescent me toise d’un air hautain et narquois. Il ne peut pas résister au défit de me présenter son majeur, tout en tirant la langue.
- Ça n’est pas très gentil, ça, dis-je avant d’envoyer ma plus belle charge dans le réservoir à hydrogène de l’appareil.

L’espace d’un quart de seconde, il me semble que la ville plonge dans le silence le plus total.

Mais non, ça n’est pas le silence, mais la déflagration qui m’a finalement détruit l’ouïe.

Un superbe feu d’artifices embrase le ciel et fait disparaître plusieurs milliards d’euros de bactéries du même coup.

Me voilà riche, même si mes paupières pèsent des millions de tonnes.

Mes yeux se ferment, irrésistiblement.

Et je m’endors.

La lumière s’éteint, plus rien. Le noir.

J’enlève le Vérificateur.

Mission accomplie.

Les douze experts sont alignés devant moi, affichant des expressions satisfaites et conquises.

À voir les sourires que montrent certains, j’ai su les convaincre de mon efficacité.
- Très bien votre petit numéro avec le dealer qui vous tirait dessus, Monsieur Bazooka, commente l’un des conseillers. Sa mort n’était sans doute pas utile, mais vous avez atteint votre objectif, c’est le principal.

Je scrute le chronomètre qui surplombe la salle semi-circulaire et dont le compte à rebours m’accordait encore quatre secondes.
- Vous avez été redoutable, poursuit une femme d’une trentaine d’années, dont le ton me laisse croire qu’elle aimerait plus que panser mes plaies. Je vous félicite pour votre perspicacité. Je ne sais pas si à votre place, je ne me serais pas laissée tromper par cette fausse mère de famille dont le couffin dissimulait une vraie bombe.
- Merci Mademoiselle Rosenbaum.
- Appelez-moi Jeanne, Monsieur Bazooka.
- Comme notre informateur nous l’avait suggéré, vous êtes l’homme de la situation, la coupe un homme visiblement agacé par le numéro de charme de sa collègue. C’est exactement quelqu’un comme vous dont nous avons besoin.

Une femme blonde aux yeux très pâles déploie son éventail en souriant et lance :
- Si vous travaillez avec nous, je peux vous assurer que vous ne le regretterez pas. Comme vous le savez, la C.O.L.B. est parmi les plus grands groupes du système. Il est toujours bon d’avoir un allié plus grand que soi où que l’on aille...

J’aime la tournure que prennent ces négociations. Ils ont exigé cette petite démonstration par méfiance et ce sont eux qui tentent maintenant de m’acheter avec un numéro de séduction qui ne trompe personne.

J’expose mon prix et le silence remplace soudain l’enthousiasme ambiant.

Les visages changent d’expression.

Un homme barbu d’un âge avancé dessert le nœud de sa cravate tandis que sa voisine attend sa réaction avec curiosité.

Pour moi, c’est là que tout se joue. Les androïdes-policiers, les blessures, les courses contre la montre, c’était juste un avant-goût. L’enjeu final est ici, entre les mains de ces financiers.

Le vieil homme finit par hocher la tête. C’est d’accord.

J’ai du mal à y croire.

Oui, c’est vrai. J’ai gagné.

Dans quelques heures, mon compte sera crédité d’une somme astronomique et je serai à l’abri du besoin pour le restant de mes jours.

Je dissimule ma joie et je sors lentement.

Dehors le vent me rappelle à la réalité.

Je caresse la coque de mon Vérificateur.

C’est grâce à cet appareil si j’en suis là, aujourd’hui.

C’est lui qui a piraté leur système informatique et leur a projeté une simulation dont le connaissais le moindre aboutissant, seconde, après seconde.

Un sourire se dessine soudain sur mes lèvres, la journée sera belle.

Mentions légales - Contacts

Conception par Miss Mopi - Noyauté par SPIP - Généreusement hébergé par Skoazell Multimédia (Merci!!!)