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PRESTON Nicolas - Myrddin & Ronan

Mis en ligne le 27 septembre 2008

Nouvelle publiée dans Phénix Mag Nouvelles n°4.


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La Bretagne, quelque part au nord de Concoret, non loin de la forêt de Brocéliande…

Ronan tapa sur l’épaule de son ami Myrddin.
- Alors, mon grand, qu’est ce que tu as prévu pour ce soir ? Un bon petit restaurant avec ta sœur Morgane ? Suivi d’un petit cinéma ? Une petite virée en discothèque ? Et enfin…Alors tu m’emmènes où ?
- Tu verras, dit-il en tiraillant doucement sa barbe taillée en pointe. Un léger sourire se dessina derrière cette masse de poils blancs qui dissimulait ses traits.
- Attention ! Je ne suis pas venu de la capitale pour venir m’ennuyer comme un rat mort dans un bled. On se connaît depuis longtemps, alors tu sais que j’aime bien la nouveauté, l’inédit, m’amuser quoi…
- Bien sûr, l’attrait de la nouveauté m’a toujours attiré moi aussi. J’aime à changer également. Viens, on y va ! Une étincelle illumina son regard bleu acier. Il quitta le salon.

La porte de la chambre de Myrddin était ouverte. Ronan y jeta machinalement un œil, et marqua le pas. Il vit un grand miroir, comme une psyché, qui semblait refléter de l’eau, mais pas lui. Le jeune homme mit cela sur le compte d’un mauvais éclairage. Il put également constater que la pièce était emplie de divers objets un peu vieillots, dont une vieille épée entoilée dans un coin, ainsi que de nombreux rayonnages de livres. Ces derniers semblaient anciens à en juger par les reliures, anciens et surtout volumineux. Quelques bougies à encens terminaient de se consumer, les légères volutes se dispersaient çà et là, odoriférant la pièce de fragrances que Ronan ne put identifier, mais qui s’insinuèrent en lui immédiatement. Une douce torpeur s’empara de tout son être.

Ronan poursuivit sa route, et il ferma la porte de la résidence de son ami pour le rejoindre.

Ils montèrent dans le véhicule de Myrddin. Un véhicule aussi vieux qu’Hérode. Et Ronan se demandait comme il pouvait encore rouler. Et surtout, s’ils allaient arriver à bon port. La vie ne tenait pas à grand-chose parfois. Surtout lorsque l’on montait dans un véhicule qui ressemble à un ancien corbillard du début du siècle.
- Dis moi Myrddin, tu sais qu’au moyen-âge, les carrosses étaient moins pourris que le tien ?
- Bien sûr, mais bien moins rapide, répondit-il.

Ronan leva un sourcil et se demanda dans quel sens il devait prendre cela. Sa voiture, rapide ? Bah, laissons les illusions à ceux qui y croient !

Le véhicule et ses occupants prirent la direction du sud, via une petite départementale, et la forêt de Brocéliande. Ils quittèrent Concoret vers 19 heures 09.

Le ciel était encore clair et la nuit naissante puis soudainement, le ciel s’obscurcit. Les nuages devinrent aussi sombres que le fond d’un puits ; un déluge s’abattit sur le véhicule. La visibilité devint vite très faible, voire inexistante. Myrddin diminua alors sa vitesse, tandis qu’il actionnait le levier des essuie-glaces.

On se serait attendu à ne pas en trouver sur un véhicule tel que celui-ci, mais non, ils étaient bien présents ; pour le plus grand bonheur de Ronan qui se voyait déjà dans un fossé boueux.
- Je ne m’y ferai jamais déclara ce dernier, ces trombes d’eaux. C’est dangereux en plus, ajouta-t-il en regardant Myrddin.

Ce dernier était impassible, il regardait la chaussée, d’un air sans conteste détendu. Ce qui était sûr, c’est que ce n’était pas quelqu’un d’angoissé. C’était d’ailleurs quelqu’un qui ne s’énervait jamais. Ronan quant à lui, n’était pas spécialement quelqu’un de stressé -quoique-, mais comme tout à chacun, il n’aimait pas se retrouver en rase campagne, dans un véhicule antique et peu sûr ; et surtout par un orage comme celui-ci. C’était proprement viscéral ! Cela devait faire appel à son moi profond, le plus inconscient. Un psy lui aurait sûrement déclaré que cela touchait un certain côté primaire du subconscient, celui de l’homme sauvage qui sommeille en chacun, et que la civilisation n’a pas encore pu faire disparaître complètement.

Mais en fait, Ronan aimait bien son petit confort. Et il voyait s’éloigner de plus en plus la perspective d’une soirée en compagnie de Morgane, la magnifique sœur de Myrddin. Ah, sa chevelure d’ébène, ses yeux verts et son corps élancé et parfait, mmmh….

Sans préavis, les éclairs zébrèrent le ciel.

Myrddin le regarda et il lui dit alors, simplement.
- La violence des plus beaux orages de Bretagne n’a d’égal que la rapidité avec laquelle ils s’arrêtent ! Et il fit un petit claquement avec sa langue.

Puis ce fût un silence assourdissant, qui ne fût troublé que par le ronronnement du moteur.

Les éclairs disparurent du ciel, si bizarrement, si rapidement, que l’obscurité s’assura de nouveau la prédominance sur les cieux et la forêt.
- Incroyable ! s’exclama Ronan.

Il se jeta sur la poignée afin d’abaisser sa vitre, mais elle lui resta dans les mains. Il réussit à emboîter tant bien que mal la manette, et il ouvrit enfin la fenêtre pour pencher sa tête au dehors.

La pluie avait cessé tout aussi subitement que les éclairs s’étaient effacés. Plus une seule goutte, même pas une petite brise. Ne restèrent que quelques traces humides sur le pare-brise. Il rentra alors sa tête, referma lentement la vitre et il regarda son ami de biais.

Celui-ci esquissa un sourire derrière sa barbe. Ronan vit sa pommette droite qui remonta sensiblement.

Quelques kilomètres plus tard, le véhicule s’arrêta enfin sur le bas côté. On pouvait voir un chemin qui s’enfonçait et louvoyait en direction de la sombre et humide forêt.
- Nous sommes arrivés, déclara Myrddin. Il est temps !
- Eh, il est temps de quoi ? Tu m’emmènes où là ? Dans les bois ? Je ne crois pas que ce soit vraiment une bonne idée. Et puis, c’est un peu humide, et un peu tard pour s’y promener.

Ronan promena un regard quelque peu affolé, et partiellement étonné en fait. Il se retrouvait pour ainsi dire, au milieu de nulle part. Aucun véhicule à l’horizon. Ils étaient seuls.
- Viens, lui dit Myrddin d’un regard pénétrant.

Et le jeune homme le suivit.

Le plus bizarre c’est qu’il n’en avait pas envie du tout. Mais ses jambes et le reste de son corps étaient d’un avis différent. Il se sentait bizarre, mou, apathique, sans volonté propre.

Mais ce qui était tout aussi bizarre, c’était que la température ambiante du moment était…douce, très agréable, et ce malgré les trombes d’eaux froides qui s’étaient déversées sur la forêt, en ce début d’automne tout bonnement glacial.

Cette forêt que, paradoxalement, Ronan ne connaissait pas. Il était pourtant un enfant du pays, et les lieux lui étaient connus. Mais, il se souvenait maintenant, qu’il avait toujours évité de venir traîner dans ce coin. Ses parents le lui avaient interdit, car elle était…dangereuse, selon eux. Il s’y passait des choses bizarres, mystérieuses, mais lorsqu’il voulait en savoir plus, on ne lui répondait pas. En cela, c’était déjà anormal. Alors il n’insistait pas, et il évitait le secteur, comme ses amis de l’époque. Puis, il avait quitté la région durant de nombreuses années.

Certains parlaient de rites sataniques, mais en fait c’était surtout un lieu de rendez-vous bien pratique pour les jeunes du coin. Pourtant, on parlait également de lumières, de bruits bizarres, très bizarres. Comme s’il y avait des réunions de dizaines de personnes, en plein milieu de la nuit. Peu de témoignages fiables, et la forêt gardait ses mystères, et peut-être ses dangers…

Et maintenant, il était là, lui Ronan GUGGEN, marchant dans la forêt, obéissant aveuglément à un ami qui semblait l’avoir hypnotisé. On a beau être cartésien et penser que rien ne peut vous atteindre, lorsque l’on se retrouve dans une situation comme celle-ci, on se pose immanquablement des questions. Et il s’en posait, car seul ses pensées lui restaient encore. Embrouillées certes, mais cela ne le changeait guère !

Et si Myrddin était un serial killer, houlà ! Trop jeune pour mourir, et pas plus d’affinités que cela avec son ami d’ailleurs, pour quoi que se soit…

Alors, s’enfoncer dans un lieu synonyme de chaos, d’un état encore sauvage…Enfin, cette régression pouvait être salutaire. L’espoir fait vivre, non ? !

Ils marchèrent durant de longues minutes. Le chemin s’ouvrait devant eux et même sans lumière, Ronan avait l’impression de voir très bien. Les nuages avaient du s’écarter du ciel tout aussi rapidement que les éclairs. Il le supposait, car même si ses jambes allaient bon train, il ne pouvait lever la tête. Quant à Myrddin, il marchait d’un pas assuré, droit comme un "i", sur ces chemins sinueux. Un véritable périple vers l’inconnu, des lieux quasiment vierges, et à peine corrompus, mais à peine seulement…

Le chemin se perdit dans les méandres de la forêt. Ils marchaient sur le chemin du Commencement, des premiers temps et surtout, des premiers hommes. A leurs pas, répondaient parfois les hululements d’une chouette. Des bruits, des craquements aux origines indéterminées se faisaient entendre. Mais Ronan se sentait finalement confiant, avec son ami qu’il ne connaissait pas autant que cela. Aucune angoisse ne le toucha.

Ils avançaient, toujours dans cette semi-pénombre régnante. Leur progression se fit un peu plus ardue au milieu de fougères, et ils arrivèrent à destination. Myrddin s’arrêta. Ronan en fit autant.

Des hauteurs du val, les deux hommes embrassèrent la forêt, superbe océan de verdure noirâtre, aux reflets irisés de verts multiples.

Myrddin ramassa un morceau de bois sur le sol. Il le tint haut devant lui, et l’extrémité s’embrasa spontanément. Un plaisir que de faire du camping nocturne avec une personne qui n’a pas besoin d’un briquet pour faire du feu. Ronan le regarda, bouche bée…Sa mâchoire inférieure s’affaissa, mais il ne put en extraire un seul mot !

Mais le plus fort ce n’était pas cela. La lumière que projetait la torche se diffusa devant eux, et le paysage en contrebas changea au fur et à mesure que la lumière prenait le pas sur l’ombre, qu’elle dévorait littéralement. Ronan eut l’impression d’un combat irréel. Tout se modifia, des arbres apparurent, d’autres s’évanouirent, des rivières émergèrent du néant, et le jour se fit graduellement sur cette portion de la forêt - comme un îlot de lumière-, mais la nuit était toujours là, bien au-delà, insondable dans son écrin nocturne.

Au fond de la vallée, apparut une petite armée. Des cavaliers suivis de chariots avancèrent en bon ordre. Des hommes en armes juchés sur ces véhicules antiques, et peu sûrs. Un déclic se fit dans l’esprit du jeune homme. C’était comme une impression de déjà vu !

Mais à l’autre bout de la vallée, des guerriers Pictes -ce nom s’imposa à lui, comme cela !-, aux visages grimaçants, surgirent en hurlant, les armes hautes. Un combat féroce s’ensuivit immédiatement. Le convoi fut rapidement encerclé. Les guerriers se jetèrent sur les cavaliers, les désarçonnant ou les empalant sur leurs lances de bois, rudimentaires mais efficaces. Seul le résultat comptait. Les morts se comptèrent bientôt par dizaines. Le fracas des armes, et un horrible tumulte de cris se répercutèrent dans tout le vallon, jusqu’aux deux spectateurs, que personne ne vit alors. L’herbe fût maculée d’un sang impur…La vie s’écoula hors de leurs corps meurtris et brisés…

Un guerrier cria soudain un nom à travers le bois, brandissant par la même une gigantesque épée : « Demetius, tu es à moi ! » Et il se dirigea prestement vers celui dont il avait hurlé le nom, un grand gaillard à l’air brutal qui se battait comme un démon. Personne ne se mit en travers de la route de ce guerrier à l’air enragé, personne n’osa l’affronter.

Les deux hommes s’écartèrent du reste de la bataille.

Leur combat fût si féroce. Leur habileté et leur endurance, égales. Et l’issue était incertaine pour un observateur comme Ronan. Les coups échangés étaient d’une puissance fantastique. Farouches guerriers, pensa t-il. Mais pour Myrddin, l’issue ne faisait aucun doute. Il savait, par la force des choses. En d’autres temps, maintenant ici transposés, l’un de ces guerriers avait péri. Le lieu, Deva, en Maxima Caesariensis, en Galles du Nord, province d’Ordovices. L’époque, en vérité elle est incertaine. Et oui, le temps est un cercle parfait. Il est certes immuable, mais suffisamment malléable.

Les Pictes vivaient en Calédonia du Nord. C’était un peuple très rude, très dur, de véritables guerriers acharnés qui ne trouvaient leur voie et leur destinée que dans les combats les plus sanglants.

L’un de ces deux hommes permit ainsi à Myrddin d’être libéré d’un fardeau. Celui de ne pas être étouffé par la toute puissance d’un ego démesuré. Et par la suite de pouvoir devenir celui qu’il était, un immortel, mais surtout un homme qui avait percé les secrets de l’espace mais également du temps ; il fut un guerrier, un magicien, un prophète et un précepteur, il fut…Merlin l’Enchanteur !!!

Le Picte enragé, maître de son destin, para les coups de Demetius avec facilité. Il le transperça tout aussi aisément, de part en part, au niveau du torse. Demetius mourut ainsi en ce jour, pour la Brittania, quatre mois après avoir accueilli en ce monde celui que personne n’oublia.

Ronan recula instinctivement en voyant cela, reprenant pour un très bref instant, le contrôle de son corps.

Que voyait-il là ? Une bataille ? Sans conteste possible, il en était bien conscient. Mais pourquoi, et surtout comment ? Il y avait là sûrement un sens caché, mais dans l’immédiat, il ne le devinait pas. C’était une bataille parmi tant d’autres au sein de la forêt de Brocéliande, qui avait sans doute vu défiler des milliers d’hommes et de femmes au cours des siècles passés. Peut-être que, parmi eux, se trouvaient d’ailleurs, des ancêtres du jeune homme. Mais il était loin de tout savoir. Ce n’était pas le moment. Un jour, peut-être…

Eux, comme lui-même maintenant, traversaient les siècles, indépendamment les uns des autres, en vivant leurs vies, une parodie quelquefois. Mais ici, en ces lieux et aujourd’hui, il revivait le passé, un moment particulier qui lui était donné de voir. Mais il ne savait pas encore ce que cela voulait dire.

Peut-être que Myrddin pourrait le lui dire…

Et la bataille prit fin. Le combat qui s’en était suivi ne semblait paradoxalement pas avoir tourné à l’avantage d’un camp ou de l’autre. Les hommes du convoi, après avoir subi un revers évident, s’étaient repris. Il n’y avait donc aucun gagnant, aucun perdant, comme dans de nombreux conflits qui se sont produits depuis lors. Chacun était perdant.

Seule la mort s’assurait d’une moisson fructueuse sur les champs de batailles. Elle n’avait pas de camps, elle n’était pas engagée et faisait fi de la politique des hommes. Elle attendait, et elle gagnait. L’air embaumait la mort !

L’oubli ne tarderait pas à gagner les survivants, plus tard, bien plus tard. Seule comptait donc la manière dont on passait sa vie, seuls les actes comptaient, comme en toutes les époques. Finalement, que ces actes soient positifs ou non, la finalité restait immanquablement funeste, sordide.

La lumière s’amenuisa et sembla regagner la torche de Myrddin. La forêt changea à nouveau, les siècles effacèrent ce temps passé.

Les deux hommes tournèrent le dos au vallon, puis ils s’enfoncèrent à nouveau dans la forêt, dans la nuit, et dans le passé.

Ils marchèrent, et refirent le chemin en sens inverse. Mais ils bifurquèrent, longeant maintenant les étangs. Une brume scintillante flottait au-dessus de l’eau stagnante telle des millions de lucioles, dessinant des arabesques.

Une nouvelle matrice se forma.

Un village apparut, constitué de quelques cabanes, partie pierres pour la partie inférieure et partie bois et chaume pour le reste ; elles étaient disséminées dans la clairière, sans souci d’ordre particulier. Les personnes qui l’habitaient affichaient un air paisible, elles semblaient insouciantes. Quant à leurs tenues, elles ressemblaient à de longues tuniques à la mode des anciens druides, mais avec quelque chose qui louchait quelque peu sur l’époque romaine, par les plis de la partie supérieure.

Pour l’heure, toutes et tous souriaient et se dirigeaient vers un bâtiment un peu plus imposant que les autres. L’heure était à la fête semblait-il. Ronan penchait pour une union entre deux personnes, car effectivement, un homme et une femme sortirent du bâtiment. Les gens s’écartèrent, se placèrent de part et d’autre.

L’homme était habillé de blanc, d’un blanc immaculé, avec autour de ses reins une ceinture dorée. Quant à la jeune femme elle était magnifique, une couronne de fleurs des champs, séchées, dans ses cheveux dont le noir était d’ébène, comme la nuit la plus sombre. Sa robe était d’un velours vert, et une égale ceinture dorée lui entourait la taille. Elle était grande, presque autant que l’homme, et son regard était vif, de la couleur de sa robe, couleur d’émeraude.

Ils se tenaient par la main, s’avancèrent lentement, tandis que des personnes lançaient des fleurs sur le couple nouvellement formé. Ils marchèrent, encore, et ils arrivèrent devant Ronan.

Ce dernier les dévisagea du regard, l’un après l’autre. L’homme ressemblait tellement à… Myrddin ? Avec un air plus jeune, quoique, il avait cette même barbe blanche…mais la femme n’était autre que…Morgane, sa sœur ? !

Une certaine confusion s’empara du jeune homme, qui se demandait ce que cela voulait dire.

Le couple avança encore, vers Ronan dont les bras se tendirent instinctivement en avant, lui obéissant un bref instant.
- Non, attendez, arrêtez ! Ces pensées résonnèrent tel un écho dans sa tête.

Et ils le traversèrent, tels les deux fantômes du temps qu’ils étaient.

Le soleil illuminait les sous-bois et rendaient hommage aux grands hêtres. Ils émanaient alors d’eux, une telle prestance, une immuable puissance, intemporelle…

La scène prit à nouveau fin devant les yeux de Ronan. L’obscurité reprit possession des lieux.

En face de lui se tenait Myrddin, SON Myrddin. Il se caressait le menton et tournicotait sa barbe blanche, immaculée.

La parole revint enfin à Ronan.
- Tu…mais…comment , qu’est ce que… ? Les mots se bousculaient et ses pensées tournoyaient.
- Ne te pose pas de questions, chuchota t-il doucement. Le monde dans lequel tu vis est une réalité, qui est traversée par d’autres réalités. Le temps n’est qu’un cercle sans fin dans lequel les âmes s’égarent, puis se retrouvent. Tout ce que tu as vu au cours de cette nuit, tu l’emporteras avec toi, en toi, car je le veux. Tu es désormais un témoin du temps passé et le garant de sa réalité.
Je connais le passé certes, mais je connais également l’avenir. Quitte ses lieux confiant en cet avenir, car dorénavant tu avanceras serein, vers ton vrai destin…

Le soleil se leva au dessus du Val sans Retour. Un chemin se dessina sous ses rayons rougeâtres. La nuit à Brocéliande s’acheva dans un embrasement de rouges carmins, violacés, jaunes et roses. Le réveil du Val…

La journée serait sans aucun doute, ensoleillée…

Myrddin disparut dans les dernières brumes mystérieuses du matin, qui s’échappaient des étangs. Ses contours s’estompèrent, et son visage se dilua dans l’éther, un dernier sourire que Ronan distingua enfin. L’esprit de Myrddin retourna parmi les 9 cercles.

La brise porta une parole, un nom, Artusss….

Ronan ferma les yeux pour mieux s’imprégner les odeurs qui émanaient des lieux, et il les rouvrit.
- Mais, où est-ce que je me trouve ?

A cette question, il ne trouva aucun écho, juste son reflet dans le miroir qui se tenait face à lui. Il était au domicile de Myrddin, debout, en expectative devant son image qu’il connaissait bien. Il sursauta.
- Alors, lui dit Myrddin. Que fais-tu ? Je t’attends depuis dix minutes dans le véhicule. Tu dors ou quoi ?!

Ronan le regarda fixement quelques secondes. Myrddin lui souria, en tournicotant sa barbe blanche.

Un sérieux doute se fit dans l’esprit du jeune homme. Que s’était-il passé ? Mais qu’est ce que Myrddin avait donc pu faire brûler dans cette pièce ? Avait-il rêvé ?

Mais les dernières images s’estompèrent petit à petit de son esprit, ne lui laissant qu’une impression bizarre, celle d’avoir quelque chose à faire, quelque chose d’important. Mais quoi ? Son esprit tourbillonna, encore et encore, et il ne lui resta qu’une légère ivresse.

Il se reprit, et secoua sa tête de gauche à droite.
- Où va-t-on ? demanda Ronan à Myrddin.
- Mais au restaurant bien sûr, à la taverne de Deva. Tu n’as pas oublié quand même ? Morgane sera là. Elle à hâte de te revoir. Elle sera enchantée ! Cela fait si longtemps…

Ronan se dirigea lentement vers la porte et sortit. Mais, quand même, il avait un sérieux doute sur les bougies de Myrddin. Mais pourquoi ce doute, au fait ?

Myrddin regarda le miroir, fit un geste devant celui-ci, une passe de la main ; et la forêt apparut. La vieille épée empoussiérée qui se trouvait dans un coin s’éleva alors, doucement, d’elle-même, dans les airs. Elle traversa le miroir, pénétra dans les bois, et elle alla se ficher dans un rocher. Elle étincela, puis le miroir retrouva sa prime apparence.

Il n’était pas encore temps…Bientôt, oui, bientôt…

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