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Monk numéro 1

Mis en ligne le 18 mars 2007

Rédacteur(s) : Patrick S. Vast

Il existe un véritable bouillonnement dans les littératures de l’imaginaire, dans lequel le numéro 1 du tout nouveau fanzine Monk prend toute sa place.
Dirigé par l’auteur Léonor Lara, ce fanzine consacré au Fantastique et au Merveilleux des villes, des champs et même d’ailleurs, se décline par thème. Et celui choisi pour ce premier opus est ni plus ni moins que la couleur rouge : un concept susceptible de faire passer de la réalité la plus limpide à la fantasmagorie la plus enivrante et inversement.

Et ça commence avec des pages dérobées à la correspondance d’Estelle Valls de Gomis. Cette correspondance s’adresse bien sûr à un vampire, dont le goût prononcé pour le sang, symbole intemporel de la couleur incriminée est bien connu.
De vampire il en est également question avec le deuxième texte d’Estelle, « Double, rouge, impair et passe », où elle joue sur la dualité et l’ambivalence entre la vie et la mort, et par substitution, le vif et le trépassé. Compte tenu de l’esthétique dont est drapée à la fois la « Grande Faucheuse » et « Madame la Vie », on peut entendre murmurer à son oreille cette mélopée gainsbourgienne des early seventies qui proclamait, « Melody Nelson a les cheveux rouges, et c’est leur couleur naturelle ». Car rouges sont les cheveux des deux antagonistes qui nous bordent de la naissance au trépas. Et la mélopée est servie de plus par le style délicat d’Estelle qui puise toujours des parfums de XIXème dans le ciselage de ses textes.

François Fierobe et « La mémoire de l’orchidée », nous plongent dans un univers à la fois cosy et effrayant, baignant dans la douce ouate aux nuances de pourpre et au vocabulaire épique.
Le grand James Hadley Chase avait écrit jadis « La chair de l’Orchidée », mais celle que nous décrit François Fierobe possède certes des particularités qui nous font brasser un brouillard sans doute vermillon, à la recherche éperdue d’un Thimothy Leary et de ses imprécations hallucinatoires.
À ne pas en douter, ou presque, il s’agit d’un voyage dans un fantastique qui possède des racines terrestres pour en être que plus redoutable.

Redoutable est également le texte « Sang visage » de Nicolas F.J. Bally, qui nous fait cauchemarder à la pensée de se réveiller un jour sur un lit d’hôpital. La chute et terrifiante en même temps que d’une traîtresse beauté.

« Krassnaïa », de Marianne Lesage, signifie en russe, belle, mais surtout rouge. Et c’est l’histoire d’un cinéma décalé, le culte de l’image, qui à la fin mène vers une incandescence destructrice. Un texte fort et troublant : deux qualités indissociables pour un fantastique qui surmonte le monde le plus matériel qui soit.

Thimotée Rey dans « Maître Sonaelq est de sortie » nous emmène sans doute dans un lieu de perdition, mais qui l’est bien plus pour son personnage au funeste destin, cobaye humain de bien morbides floraisons. Un très beau texte, également très remuant.

Tout comme « No man’s land » de Franck Ferric : une sorte de road-movie tourné dans un désert de désespérance où tout est impossible, et qui aboutit à la vision de Salina, ville mythique et d’apocalypse au bout d’un chemin où le rouge de la violente désespérance aura brûlé de mille feux écarlates.

La corrida à laquelle nous convie Charlotte Bousquet avec son texte « D’or et de sang », nous illumine. Nous sommes éblouis par l’or de l’habit dit de lumière du toréador, à laquelle se mêlent le noir du taureau et le rouge de la cape et du sang. Chacun possèdera sa chance et sa malchance ; dans l’arène seul le rouge de la mort ou de l’agonie s’élèvera, en un flamenco torride, un blues ibérique hurlant au ciel trop bleu pour un jour pourpre.

« Les autres » de Justine Niogret : en prologue à la nouvelle, il est indiqué que l’auteur travaille par petites touches. Et c’est bien ainsi qu’est construit le texte, pour arriver à une tourmente de guerre, quand la terre s’abreuve de la substance la plus rouge qui soit, en l’occurence le sang des condamnés à la fatalité.

Ce qui m’a frappé lorsque j’ai eu ce premier numéro de Monk en main, c’est que j’avais la très nette impression de tenir un bel objet. Ce fanzine est tout d’abord très agréable au toucher, à tel point qu’on pourrait tarder un peu à l’ouvrir. Mais on le découvre, d’abord en le feuilletant, puis en lisant ses textes : 9 nouvelles de qualité, à l’écriture riche et dense.

Pour tout renseignement concernant la revue :

http://www.revue-monk.com/

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