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FILLION Alain - La Peur Blanche
Mis en ligne le 29 octobre 2006
Nouvelle publiée dans le Hors Série n°1
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« Oui, qu’est-ce que c’est ? » a crié Lorie du fond de la cuisine. Alertée par le bruit de pas précipités sur le dallage de la piscine, elle a essuyé ses mains sur son tablier à carreaux bleus et blancs et mis la gazinière en mode veilleuse.
« De quoi parles-tu ? C’est toi chéri ?
- Bien sûr que c’est moi, mon chou, qui veux-tu que ce soit ? D’autant qu’il n’y a pas grand monde sur la base de Tucson, Arizona, le cimetière des avions militaires.
- Cela pourrait être le commandant Mc Bride, notre voisin. »
Lorie s’est approchée, la poitrine palpitante sous les mailles de son corsage.
« Tu me fais peur, Nick, tu as l’air tout retourné. Qu’est-ce qu’il y a ?
- Chérie, il y a que... elles sont encore revenues.
- Revenues ? Mais qui donc , chéri ?
– Ces saletés de bestioles, les fourmis blanches.
- Oh ! cela faisait bien 10 ans qu’on n’avait plus entendu parler. Et elles ont fait des dégâts ?
- Tout le poulailler y est passé !
- Et les coqs ?
- Tous passés aussi. Dévorés en quelques instants. J’ai été réveillé par une sorte de rumeur, un chuintement immense et sourd, qui venait du fond du jardin. Il y en avait une armée autour du poulailler. Alors j’ai arrosé d’essence et brûlé tout ça, la cabane et tout. Il ne reste rien. »
Lorie a saisi la veste de son mari et s’est mise à la secouer énergiquement. Une énorme fourmi de couleur blanche est sortie de la manche et est tombée sur la moquette verte du salon.
« Écrase-moi ça chéri, j’en ai horreur. » Elle a froncé les sourcils, manifestement mal à l’aise. Nick observait sa femme avec une ombre d’appréhension dans le regard
– Ne soit pas inquiète, chérie. » J’en parlerai à la base, a marmonné le sergent pilote, avec une grimace complice, qui aurait voulu s’achever en sourire.
« Nick tu es sûr qu’elles ne sont pas dangereuses ? » a soufflé Lorie, d’une voix de cygne – « je n’aime pas leur couleur blanche, ni leur grésillement métallique. » Un frisson nerveux a agité sa poitrine.
« Ne t’en fais pas, chérie, – a repris son mari avec un soupçon d’impatience,– J’en parlerai au commandant. »
Ils en étaient là de leur conversation lorsque la sonnette de la porte d’entrée a retenti. « Le commandant Mc Bride » a annoncé le portier électronique. « Il vient vous rendre visite. »
Lorie a ôté rapidement son tablier à carreaux bleus et blancs et s’est dirigée vers la porte. Le commandant de la base de Tucson dansait d’un pied sur l’autre en frottant ses semelles sur le paillasson.
« Entrez, commandant, pas chaud hein, pour un 25 novembre ?
- Sûr, madame Gordon, Nick n’est pas là ? » a fait en écho le militaire en pénétrant à grands pas dans le salon.
« Le voilà justement qui arrive, commandant ... »
« Bonjour sergent, a repris Mc Bride en serrant la main de Nick, je partais à la base. Voulez-vous profiter de la jeep ? »
- Avec plaisir, commandant, j’arrive.. ».
La voiture militaire est sortie du lotissement par Barrow Street. Elle a pris à droite sur Escalente Road, la route qui longe la limite nord de l’immense cimetière militaire d’avions de Tucson.
A vingt mètres sur la gauche, ils voyaient défiler les rangées des C 130 alignés tête-bêche. Les immenses ailes verdâtres commençaient à être attaquées par la rouille. Il y en avait pas loin de 150, alignés là, dans l’attente de la démolition. En suivant du regard les vieilles carcasses familières, Mc Bride, le regard perdu, a dit d’une voix où perçait une nuance d’inquiétude :
« Elles sont revenues !
- Je sais commandant, elles ont attaqué mon poulailler cette nuit. »
Ils arrivaient à l’extrémité ouest de la parcelle où étaient alignés 250 chasseurs F.8 et F. 14.
« Mais mon commandant, on dirait qu’ils ont été repeints en blanc ! » a presque crié le sergent Gordon.
« Non sergent, ce sont ces saletés de bestioles. » a répondu le commandant avec une résignation toute militaire.
- Les fourmis blanches de Bételgeuse ? »
En disant cela le sergent regardait le ciel, avec un sentiment de prémonition difficile à préciser davantage. Le spectacle avait de quoi effaroucher les âmes les mieux trempées.
Sur le visage du sergent se peignait la stupéfaction, puis la panique. Il pensait à sa femme Lorie et à Jeremy son bébé, là-bas à la maison. Il est descendu de la jeep, a dégainé l’éclateur réglementaire de son étui. Il a visé le monticule blanc, crissant, qui finissait de dévorer une aile de chasseur F. 14. Il a déchargé tout son chargeur en poussant des cris de rage.
- Vous n’y arriverez pas comme ça, sergent, ces monstres blancs sont métallofages . Elles vont les dévorer vos balles ... Prenons la lance à incendie. »
Nick est entré au pas de course dans le hangar ouest où était garée la grosse motopompe rouge. Il est monté à bord de l’immense camion puis il a actionné le volant avec un rictus vengeur sur les lèvres.
- Vous allez voir tas de salopes ! »
Le camion a longé la piste, en faisant rugir son diesel suralimenté.
À la hauteur des derniers chasseurs F. 14, couverts d’une pellicule blanche bourdonnante, Nick a ouvert en grand les vannes.
« Liquidez-moi ça sergent, sinon elles vont dévorer les rangées de F. 4 qui sont juste derrière. Et il y en a pas loin de 450 pièces. »
Aspergé avec violence par le puissant jet d’eau, les fourmis blanches jaillissaient en éclaboussures par milliers, avant de retomber, grouillantes, dans une mare de boue blanchâtre. Cela s’étendait maintenant en une sorte de marécage sordide sous les ailes des avions. À la fin de la journée, les fourmis avaient été anéanties, mais les deux cent cinquante F. 14 et tous les F. 8 avaient été dévorés. On ne voyait, par ci par là, que des pneus, que les fourmis de Bételgeuse digéraient assez mal.
Vers les cinq heures, Nick, fourbu, a poussé la porte de son jardin d’un coup de pied. Il est entré en toute hâte dans le grand salon, puis il a emprunté le couloir jusqu’à la cuisine. Lorie, l’a dévisagé en courant vers lui, le regard empreint d’une nuance d’angoisse.
« Soit rassurée, chérie, on les a eues à la lance à incendie.
- Quoi donc Nick ?
- Mais les fourmis de Bételgeuse. Ça ne marchait pas avec l’éclateur, alors j’ai utilisé le jet d’eau et ….
- Est-ce qu’elles ont recommencé à s’attaquer aux avions ?
- Je crois qu’elles meurent de faim cette fois. Elles ont dévoré 300 carcasses de chasseurs rouillés du XXIe siècle.
- Nettoyées ?
- Lessivées !
- Bon, dans ce cas, ça va dégager des espaces gratuitement non ?
- Si on veut, mais...
- Mais quoi ?
- Non, rien, ne t’inquiètes pas, chérie. Jeremy dort ?
- Comme un ange !
- Dans ce cas dînons rapidement, j’ai du travail en retard à la base. Demain nous recevons un lot de 50 vaisseaux martiens déclassés. Avec tout ce remue-ménage, j’ai pris du retard.
Le lendemain aux premières heures du jour, le sergent Gordon a pénétré sur la base avec dans la poitrine une oppression, un sentiment vague mais funeste. Il était parcouru par un rapide frisson. La rangée des B 52 était entourée par une colonie de fourmis blanches dont les rangs serrés se devinaient dans la brume, jusqu’aux contreforts des collines du Nouveau-Mexique.
Envahi par l’anxiété, Nick a garé sa Land-Rover sur le parking du quartier général de la base. Ses joues étaient cramoisies. Il s’est précipité vers la porte vitrée du commandant en déboutonnant son manteau, le coeur battant à toute allure. Lorsqu’il a fermé la porte derrière lui, il s’est adossé au lourd battant, comme pour arrêter une invasion. Le sang battait à ses tempes.
- Vous avez vu dehors, commandant ? Nous sommes faits comme des rats. Cette fois c’est une véritable armada.
- Je sais sergent, j’ai passé la nuit sur la base. Elles ont déjà grignoté une bonne dizaine de gros porteurs. Des K.C. 135 et des C 130.
- La gloire de nos guerres du XXe siècle, dévorés par ces maudites mandibules.
- Et maintenant, elles descendent vers les parcelles sud.
- Il faut les bloquer aux lance-flammes commandant, avant qu’elles n’attaquent le plat de résistance.
- Les B 52 ?
- Il y en a plus de 150 non ?
- Un peu moins, une vingtaine sont déjà en pièces détachées, a répliqué Mc Bride d’une voix dans laquelle perçait une nuance d’effroi.
– Allez-y sergent Gordon, ne restez pas là, les bras croisés. »
Nick avait l’air songeur. Il se voyait soudain assailli par une nuée menaçante d’images récurrentes et obsessionnelles.
Une longue pause.
« Et bien qu’attendez-vous Gordon ? A crié Mc Bride avec une certaine véhémence. Carbonisez-moi toute cette engeance venue des étoiles. »
Les arbres bordant la baie étaient passés d’un vert assombri par les nuages d’ouest à la blancheur liliale d’un suaire. Les fourmis avançaient inexorablement en une marée blanche sous les dernières étoiles. Nick sentait leur présence se refermer sur lui comme une réalité colossale. Il a empoigné le lance-flammes d’une main ferme et l’a dirigé vers le grouillement blanchâtre sous lequel s’écroulaient les carcasses des bombardiers.
À la lisière de la parcelle des F 106, les avions flambaient sous un bosquet de vieux arbres. Des arbres sans vie, racornis, dont les branches alourdies par les hordes envahisseuses ne portaient plus aucune feuille. Rien de plus que des troncs calcinés fixés dans le sol entre les carcasses fumantes des A10 et des chasseurs F 4, qui s’alignaient par rangées entières, fumants, tordus, penchés, arrachés à leur propre tombe par la violence. Il était presque dix heures du soir. Les poumons en feu, Nick a coupé l’arrivée d’essence. À côté de lui, le commandant semblait figé sur place, dégoulinant de sueur. Ils sont descendus du camion lance-flammes, chacun de leur côté. Le vent leur jetait à la figure une brume fétide véhiculant l’odeur nauséeuse de la peinture brûlée et des pneus calcinés, mais aussi l’odeur âcre et vinaigrée des fourmis blanches rôties. Mc Bride, qui arrivait presque à la limite des carcasses fumantes, s’est avancé parmi les gravats noirâtres avec précaution.
« Cette fois elles ont leur compte, pas vrai sergent ?
- Je crois bien que oui, commandant. En tout cas, elles n’ont pas eu le temps d’attaquer les B 52. Non mais sans blague ! L’honneur de l’US Air Force, dévoré par des fourmis ! »
Le soir même, à la maison des Gordon, l’atmosphère était lourde. Un sentiment de malaise avait assailli Nick à nouveau. Il luttait dans sa tête contre une houle vaporeuse entre des alignements de mandibules semblables à des crocs. Vanné au-delà de toute expression, il s’était allongé puis s’était assoupi dans un sommeil agité. Il se sentait la proie d’un étrange adorcisme. Une force transcendant sa volonté émergeait du labyrinthe de ses rêves, parcourue par des images hypnagogiques. Il sentait, émergeant des strates les plus secrètes de son inconscient, quelque chose de funeste et d’impalpable, qui s’échappait dans l’air nocturne. Comme une peur.
À la première lueur de l’aube, le contour impalpable des choses semblait prolonger un rêve qui ne voulait pas finir. La maison était presque cernée par un océan grouillant en forme de fourmis blanches.
« Monte au premier avec le bébé Lorie, je vais chercher du secours.
- Mais comment ? Tu ne peux pas voler chéri ! Elles vont s’agripper aux pneus de ta voiture et passer par le moyeu et l’essieu jusqu’à la boîte de vitesse et … » a bafouillé Lorie, dont les joues ruisselaient de grosses gouttes glacées. Nick était déjà dans la cave en train de fourgonner entre les vélos en pièces détachées et le matériel de camping couvert de poussière.
- Ca y est, je les tiens !
- Quoi donc chéri ?
- Mes skis ! »
D’un geste rapide et précis, Nick s’est équipé et a descendu la Barrow Street qui ressemblait à une piste de ski. Aussi loin que son regard pouvait porter, Nick apercevait une morne plaine blanche. Sur le tarmac, casque de vol en main, combinaison pressurisée bouclée, le commandant Mc Bride attendait, bien campé sur ses jambes écartées, au pied d’un vieux F 117 furtif.
« Équipez-vous, sergent, décollage à huit heures GMT.
- À vos ordres commandant ! »
Cinq minutes plus tard, les deux antiques chasseurs survolaient le cimetière d’avion à basse altitude en formation serrée. Jusqu’à l’horizon, où que l’oeil regardât, la planète, à part quelques îlots, était blanche de vermine grouillante.
« Vous me recevez Bravo 12 ?
- Cinq sur cinq, fort et clair commandant. A vous…. Roger !
- Vous voyez Yuma Street à deux heures, sergent ?
- Affirmatif !
- Derrière, vous apercevez une première rangée de F 117, vous les voyez ? Bon ! On balance une gerbe de missiles air-sol à mon commandement.
Prêt ? Feu ! »
Sous l’impact des charges à neutron, la première rangée de cinquante F 117 a sauté en l’air dans un brasier apocalyptique.
« À vous, sergent, prenez la deuxième rangée. Réveillez-vous bon sens, les bestioles vont atteindre les derniers B 52. »
Une force inconnue, mais puissante, semblait maintenir Nick dans une immobilité aboulique, sans volonté aucune. Il se demandait quelle interprétation donner à ses visions de la nuit. Il était inquiet quant à leur valeur prémonitoire.
« Sergent !
- Navré commandant ! » A répondu Nick en sortant de sa torpeur. J’essayais d’épargner ma maison. … Il y a là-bas Lorie et Jeremy, mon bébé, vous comprenez... »
Le missile de Nick a volatilisé une deuxième rangée de carcasses. L’onde de choc a déferlé jusque dans le grenier où Lorie gisait sur le flanc, serrant le bébé dans ses bras.
Dans l’attente de la prochaine salve.
Vers midi, les abords de la dernière parcelle préservée du cimetière, celle des B 52, était dégagée. La marée blanche était repoussée dans un rayon d’un bon kilomètre.
« On ne tiendra pas le coup, mon commandant, a dit Nick d’une voix éteinte. Je ne veux pas passer le reste de ma vie en prison. Je savais bien que j’enfreignais la loi en amenant ces satanées bestioles sur la Terre. Oh ! une poignée, juste une poignée, pour amuser le petit. Si j’avais pu prévoir...
- Vous n’étiez pas obligé de le faire.
– Si vous aviez entendu ces bestioles me supplier mon commandant ! Elles voulaient voir la Terre et surtout la mer ! Leur planète est un caillou désertique et brûlant ...
- Comme l’Arizona ?
- Dix fois l’Arizona ! Bon sang, quand les autorités extérieures le sauront . ….
- Quelles autorités extérieures, sergent ? La radio a déclaré ce matin que Washington et New York ont disparu sous l’avalanche blanche.
- Bon il faut se bouger, la horde a été repoussée à un kilomètre d’ici, mais nous sommes cernés et il n’y a presque plus de kérosène.
- Sommes peut-être les derniers Américains encore debouts !
- Et si on les noyait dans un nuage de Formitox ?
- Excellente idée, Sergent ! Prenons les deux derniers bombardiers furtifs intacts. Les sacs de poudre sont là-bas dans le hangar sud.
Les deux chasseurs ont passé trois heures à répandre des nuages de Formitox sur les vagues blanches menaçantes.
Peine perdue.
À la nuit Nick était complètement abruti de fatigue.
- Commandant vous me recevez ? J’appelle Blue Fox, j’appelle Blue Fox me recevez-vous ? Je… Je crois que j’ai mon compte, je rentre au bercail, commandant. »
Nick a fait une ressource et amorcé un large virage par la gauche. Du haut du ciel, il apercevait une mer blanche couvrant toute la région jusqu’à l’horizon quelle que soit la direction que prît son regard. Tous les B 52 avaient été avalés, digérés. Seule une déchirure ronde de couleur ocre, attestait qu’une minuscule fraction de l’humanité leur échappait encore.
Sa maison.
Mais pour combien de temps encore ?
« Commandant ? Allô….. Mc Bride répondez ! Allô,… allô !......Roger.
Nick est entré seul à la base et s’est posé en escomptant que la flamme de sa tuyère carboniserait assez de fourmis pour lui laisser regagner sa maison en bordure de la piste.
- Lorie, tu es là ?
- Oui chéri, dans le grenier !
- Calfeutre-toi avec le bébé, chérie, je vais monter la garde en bas toute la nuit. Ces saloperies ne nous auront pas.
Nick s’est assis sur le divan après avoir renforcé les portes et fenêtres, comme le font les habitants de la Nouvelle-Orléans et de la Floride avant le passage d’un ouragan.
Le sergent pilote sentait monter en lui un inexorable sentiment de fatalité. Il avait l’impression de rites propitiatoires occultes et menaçants contre lesquels il n’y avait rien à faire. Avec le désespoir silencieux de qui oeuvre sous l’empire d’une force déchaînée, il a cloué des planches et bouché des fenêtres jusqu’à une heure avancée de la nuit.
Dehors, l’unique changement se résumait à la mutation ténue de la lumière dans la nuit tombante. Le grésillement métallique s’était peu à peu mué en une rumeur dévastatrice.
Nick était debout devant la porte, le coeur battant la chamade, dans l’attente d’une révélation bouleversante. Une force inconnue qui pénétrait les aires corticales de son cerveau le poussait vers le sommeil.. Elle mobilisait les liaisons axonomatique aux confins de son hypothalamus. Nick avait le sentiment qu’on s’emparait de son cerveau. Une sorte de manipulation neuronale à distance.
« Nous vous avions pourtant supplié de nous emmener de Betelgueuse ! Pourquoi n’avoir pris que cinq d’entre nous ?... »
Était-ce une fois encore des illusions visuelles, auditives ou stomato-sensorielles ? Il s’est soudain senti poussé en arrière, puis allongé de force sur le divan. Nick songeait à Lorie. Il se débattait, essayant de gesticuler, de repousser l’ennemi de ses jambes. L’ennemi qui commençait à se glisser sous le seuil de la porte. Une marée blanche s’avançait en frémissant, avec le bruit que font les palmiers dans la brise.
« AAAAhhhhh ! !.... »
Un grand cri d’angoisse est sorti de la poitrine de Nick, réveillant Lorie et Jeremy, qui avaient fini par s’assoupir. Le cri avait réveillé Nick lui-même. Il s’était levé et avait couru jusqu’à la fenêtre.
Dehors la neige recouvrait les avions qui dormaient tranquillement de l’autre côté de la piste, comme ils le faisaient depuis un demi-siècle.
« Lorie !
- Oui chéri ?
- Tu as vu comme la neige est en avance cette année ? Tu t’imagines, le 25 novembre !
- Oh ! C’est merveilleux mon amour, cela explique pourquoi j’ai dormi comme un loir cette nuit !
- Ah bon ? Moi j’ai fait un de ces cauchemars ! Pas moyen de m’en souvenir par contre.
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