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LECOUFFE DEHARME Bastien : Memories of Retrocity

Mis en ligne le 15 juillet 2011

Rédacteur(s) : Gérard Wissang


« Ce livre n’est pas un roman. Ce n’est pas une fiction. N’y cherchez pas de distraction. N’attendez pas de fin heureuse ». Ainsi commence le récit de William Drum, flic à Chicago.

Année 2004. William Drum n’est ni un bon, ni un mauvais flic. Il fait son boulot comme tous ses collègues, autrement dit, il gratte la couche de crasse qui recouvre les rues et en ressort les criminels qui la nourrissent. Mais ce soir là, William Drum s’enfonce dans la crasse. Son crime ? Coucher avec la femme de son boss. Pire, il a « dévissé la gueule » de ce dernier, car il les avait surpris dans un motel.

L’ennui, c’est qu’il a frappé fort. Trop fort. L’enquête a révélé que son boss battait sa femme et que le soir du crime, il était complétement chargé. Les boss de la criminelle n’avaient pas le choix, William Drum devait disparaître. Et comme, on ne tue pas un flic, on l’envoie vers nulle part, Retrocity.

A partir de là, le récit apparaît comme un journal intime écrit par William Drum. Chaque jour, il nous parle de cette ville-prison, étrange, glauque et flippante. Pas âme qui vive dans son immeuble. Pas plus dans son quartier. Il lui faudra aller au centre-ville pour découvrir une population entièrement vouée à Hover.

Hover est une multinationale qui fabrique tout ce dont les Retrocitoyens ont besoin. Rasoirs, appareils photos, brosses à dents, immeubles, radios... Ce monopole va jusqu’à l’esthétique de la ville. Tout est conçu dans un style années 50. Je me croyais dans un vieux polar américain. Et ce n’est pas tout. Chaque citoyen ressemble à un cyborg. Tantôt une jambe dotée d’une prothèse mécanique, tantôt un œil à la « Terminator », si ce n’est une mâchoire métallique ou un téléviseur greffé dans le ventre d’un passant. Il en ressort un aspect malsain, mais aussi intime de la ville. Comme si elle était vivante. Comme si ceux qui entrent dans Retrocity venaient chercher une réponse à travers les machines qu’ils se greffent sur le corps.

« Et dire que ce lampadaire avait autrefois éclairé mon premier baiser » s’exprimera une femme fusionnée avec un réverbère.

Les illustrations qui parcourent l’ouvrage nous plongent encore plus profondément dans l’univers de Retrocity. Si les mots portent notre imaginaire, chaque lieu, chaque individu qui apparaît dans les peintures et les dessins fait appel à notre ressenti. Impossible d’échapper à l’obscurité et à cette brume qui envahit la ville. Impossible que la vue d’un Retrocitoyen ne fasse pas écho avec votre vécu.

Car c’est là la principale force de cet ouvrage.

Les émotions fortes qui frappent notre vie font que nous vouons un culte aux objets. Un attachement fusionnel pour sa voiture, un banc qui nous ramène toujours au même souvenir, une passion sans limite pour les poupées. La liste est longue, même interminable. Si bien que même ce clavier sur lequel je tape en ce moment devient un troisième bras, une extension de mon âme, aussi blessée soit-elle, aussi émue soit-elle.

bande annonce du roman

Interview

Titre : Memories of Retrocity – Le journal de William Drum.
Récit, dessins et illustrations : LECOUFFE DEHARME Bastien
Editeur : Les éditions du Riez
Nbre de pages : 120
Paru début 2011


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