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FRANCOIS Freddy - Maléfice

Mis en ligne le 30 décembre 2007


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1

- Allez ! Viens ! Encore trois branches et nous verrons le coucher du soleil, s’écria Éric en passant par-dessus une grosse branche aux ramifications noueuses.
- Il n’est que huit heures, souffla David d’une voix rauque et essoufflée. Il s’agrippa au tronc et réajusta son pantalon, qui glissait sous le poids des mousquetons.

L’arbre qui les accueillait était énorme. Sa base, tordue en un angle défiant les lois de l’équilibre, semblait être soudée au sol. Symbiose parfaite entre la terre et cet être végétal.

Les hommes avaient passé un câble d’acier autour de son tronc et avaient relié ainsi une bonne trentaine d’arbres depuis les nombreux mois qu’ils s’adonnaient à leur nouvelle passion.

« La grimpette des forêts » se plaisaient-ils à dire.

Ce week-end, c’était le grand événement. Ils avaient invité des amis à venir tester leur parcours.

Angèle et Laurie, la gent féminine du groupe, n’avaient pas trop été réjouies par l’idée. L’insistance de leur petit copain respectif, Patrick et Laurent, avait érodé leur réticence et elles avaient cédé, sans, néanmoins avoir affiché une moue de désapprobation.

Mais pour l’instant et avant l’arrivée de tout ce petit monde, perdu sur la route départementale, nos deux compères voulaient admirer la descente de l’astre derrière la gigantesque forêt qui leur offrait un havre de béatitude.

L’idée de la « grimpette des forêts » leur était venue après le legs plus au moins scabreux de cette portion de forêt. Un oncle lointain de David était décédé dans des circonstances plus que bizarres. Sur son testament figurait David.

Pourquoi lui ? Il n’en savait rien lui-même.

Au début, il avait haussé les épaules en se demandant bien ce qu’il pouvait bien faire avec dix hectares de vieux arbres tendineux.

Il avait découvert son héritage, des arbres et des arbres, partout. Une rivière ou plutôt un fin cours d’eau traversait le domaine en une ligne sinueuse.

Il avait tant et tant de cousins et cousines, qu’il s’était longtemps demandé pourquoi son oncle l’avait choisi.

À présent, et depuis que son ami d’enfance avait eu cette fabuleuse idée de ces câbles tendus telle une toile d’araignée géante, il ne se posait plus cette sempiternelle question.

Ils s’éclataient à grimper d’arbre en arbre et à voltiger comme des singes. C’était cela, l’essentiel.

L’environnement les ressourçait. Point final.

Ils avaient acquis une vieille caravane aux cloisons mitées, aux pneus boursouflés par les hernies et aux freins inexistants.

Le vendeur, un gars imposant au ventre bedonnant, une barbe naissante et de la sueur grasse, qui suintait par tous les pores de sa peau, avait prononcé quelques phrases presque incompréhensibles.

David était parvenu à décrypter un chiffre au travers de cet amalgame de mots.

Il avait répondu « oui », plus par politesse qu’autre chose.

Le vendeur avait poussé un rire gras et rempli de glaire.

Puis, il avait extirpé de sa poche un trousseau de clefs. Il l’avait tendu à David.
- Elle est à toi, bonhomme, avait-il marmonné.

À peine, David avait-il pris les clefs, que le vendeur avait retourné sa main. Paume en avant, il attendait le contact doux et chaleureux de petits bouts de papier portant l’inscription : Euro.

Et comme par enchantement, deux gros chiens déboulèrent de derrière la maison et vinrent poser leur cul à droite et à gauche de leur maître.

Les deux molosses répandaient une odeur de putréfaction avancée. De la bave tombait en longs filaments de leurs babines flasques.

Leur race ?

Nul ne s’aventura à émettre son opinion.

L’haleine du T-Rex et le sourire de la hyène, songea Éric en souriant.

Ils avaient payé, attelé la caravane sous l’œil de guingois du vendeur, et ils avaient filé sans demander leur reste.

La caravane fut installée sur des parpaings. Ses assises gémirent, ses longerons se cintrèrent en déformant le plancher, mais elle tint bon et se stabilisa.

Le groupe de bons amis la répara, la modifièrent à leurs convenances et surtout, ils la nettoyèrent de fonds en combles.
- C’est pas possible, s’était écrié David en entrant pour la première fois dans la caravane, elle servait de niche pour ses chiens puants ?

Ils avaient éclaté de rire et retroussé leurs manches.

La caravane avait maintenant plus fière allure (excepté quelques bandes de bitumes qui tardaient à venir colmater de petites fuites sans importance majeure.)

Les six compères avaient posé pour la postérité devant leur chef-d’œuvre. L’appareil photo à déclenchement différé avait mitraillé la pose afin d’immortaliser l’événement.

Et aujourd’hui, David et Éric étaient juchés à quinze mètres du sol. Avec les bras, les avant-bras et les mains recouvertes de mousse d’un vert pâle.

Éric embrassa du regard la cime des arbres. Il s’installa plus confortablement en passant ses jambes par-dessus une grosse branche. Puis, il s’appuya sur le tronc. Enfin, il daigna jeter un œil sur son ami, qui relevait une nouvelle fois son pantalon.
- Allez, je vais t’aider, fit-il en avançant la main. Ses yeux plongèrent sous les frondaisons. Là, ses sourcils se froncèrent.

Assise au bord du minuscule ruisseau, une femme d’âge incertain. Elle tenait entre ses mains comme des vêtements, ou du tissu. Sa chevelure argentée volait en touffes éparses. Elle ne portait qu’une sorte de tunique grise. Elle était maigre, décharnée. Éric, malgré le vent qui agitait les cimes des arbres, entendit qu’elle fredonnait une comptine.

David, agrippé à ses mains, le sortit de sa contemplation.

Il serra les poignets de son ami et murmura :
- Regarde, regarde. Derrière toi, en bas, il y a une femme.

David, le cerveau commandé par ses hormones, avait entendu le mot « femme ». Ce qui pour lui rimait avec mannequin aux courbes généreuses. Il fit volte-face et sonda la forêt. Il ne vit pas le top-modèle qu’il espérait. Une vieille dame était au bord de cette petite rivière.

Il écarquilla les yeux.
- Qu’est-ce qu’elle fait là ? s’exclama-t-il.
- J’en sais rien, répondit Éric.
- Hé ! Madame, c’est une propriété privée ici, lança David.

Nonchalamment, la vieille dame se releva. Elle n’avait pas réagi à l’interpellation qui lui était destinée. Elle continuait sa besogne comme si de rien n’était. Elle venait de laver un sweat-shirt. Elle se mit à l’étendre entre ses mains.

Éric reconnut l’effigie des Red-Bulls sur la face avant du sweat.

La dame contempla son œuvre en le tournant et le retournant plusieurs fois entre ses mains. Des gouttes tombaient en pluie décousue sur la surface boueuse du ruisseau. Le liquide était rouge. De longs panaches rougeâtres descendaient en flânant le faible courant.

La couleur ? C’était du sang ? Ou était-ce le sweat qui déteignait ?
- Hé ! Madame. C’est une propriété privée, renouvela David en haussant le ton.

Cette fois, la femme sembla entendre David. Elle courba le dos, mit la tête dans les épaules et se retourna lentement.

Le visage qui se dévoila aux deux hommes les fit frémir.

Il n’avait rien de vivant. Il était d’une pâleur cadavérique. Les os saillaient sous la peau. Son regard était complètement vide. D’ailleurs, de leur perchoir, pouvaient-ils réellement voir si elle avait des yeux dans ses orbites caverneuses ??

Ses lèvres décharnées et gercées étaient fermées. Malgré ceci, la comptine continuait à diffuser sa litanie.

Elle fit quelques timides pas vers eux. David serra si fort le bras d’Éric que celui-ci cria en se libérant de la prise.

La démarche de la femme était saccadée comme s’elle avait été sous le feu de puissants stroboscopes. Elle mit le sweat sur son bras. Le vêtement émit un bruit flasque. Sa bouche s’ouvrit. De la vapeur s’échappa de sa gorge et vint former un petit nuage devant la femme. Un long râle, comme un vagissement guttural, s’extirpa de ses cordes vocales.

Les deux hommes sentirent la chair de poule courir le long de leur corps. Un tremblement incoercible traversa leur colonne vertébrale.

La femme sembla reculer. Ses gestes étaient composés d’à-coups. Soudain, tout s’accéléra. La femme recula rapidement, son aspect parut se décomposer. Elle disparut.

Les deux hommes, le regard rivé sur l’endroit précédemment habité par la femme, restèrent pétrifiés.
- Je ne reste pas ici, lança soudainement Éric. Il attrapa la corde qui les reliait à la terre ferme. David, silencieux, le suivit. Ils descendirent rapidement la quinzaine de mètres qui les séparait du plancher des vaches. À ce moment, des voix provenant de la droite attirèrent leur attention.

Éric lâcha la corde et partit à la rencontre des deux couples qu’il connaissait bien.

David le rejoint précipitamment, l’agrippa par le bras et lui dit :
- Pour la vieille, ne dit rien. Sinon, on en a pour le week-end à se faire chambrer.

Éric hocha du chef et marmonna quelques mots inintelligibles.

Leurs esprits n’arrivaient pas à concevoir ni à réaliser ce qu’ils venaient de vivre. Aussi, ils préféraient l’oublier. Pour le moment. La réalité allait les rattraper plus vite qu’ils ne l’eussent imaginé.

Ce fut la ravissante Angèle qui entra la première dans leur champ de vision. Une blonde platine, avec les cheveux longs et fins, un visage fin, des yeux bleu clair et une silhouette fine, très fine. Une peu trop au goût de David et Éric, mais ce n’était pas leur régulière, comme ils disaient dans leur milieu.

Elle arriva sur eux en riant de toutes ses forces. Une forme se détacha derrière elle. Patrick survint derrière elle et l’attrapa par la taille. Elle s’arrêta devant David.
- Salut, dit-elle en saisissant les mains de Patrick pour les enlever.

Patrick, un grand gaillard mal rasé, desserra son étreinte, mais continua de tenir les mains d’Angèle.

Il regarda tour à tour David et Éric.
- Vous en faites une tête !

À cet instant, Laurie, une femme d’un âge plus mur qu’Angèle, se montra. Laurent, son concubin, la tenait par la taille.

Ce qui frappa David, ce ne fut pas que Laurie soit un peu plus forte qu’Angèle. Non, ce n’était pas ça du tout.

Ce fut plutôt le sweat qu’arborait Laurent. Un sweat rouge portant comme blason l’insigne des Red Bulls imprimé en un noir profond.

Laurie se sépara de son compagnon et vint faire la bise à nos deux compères.

Tout là-haut, sous les plus hautes cimes, un câble tendu s’effilocha. Brin par brin, il s’effila. La tension qui lui était imposée par l’ensemble de la toile d’araignée géante le fit se distendre. Un craquement lugubre se fit entendre quand une branche, jusqu’ici en pression, se libéra. Les branchages, libérés de leur étreinte, fouettèrent les autres câbles. Ce qui, en réaction en chaîne, tira plus encore sur le câble affaibli. Il céda brusquement.

Le poids aidant, le câble se déroula subitement. Il cingla une branche, une autre et il glissa autour d’un tronc. Il imprima une marque indélébile dans l’écorce des arbres.

Personne n’eut le loisir de réagir efficacement. Ils eurent juste le temps de se baisser légèrement. Tout se passa si vite que personne ne sut exactement ce qui s’était passé.

Excepté Laurent, les autres membres se redressèrent après que les bruits s’estompent et que le câble, inoffensif, reste au sol. Son extrémité aux filaments sanglants formait un « S » sur l’herbe haute.

Le hurlement de Laurie fit écho dans la forêt. Elle bondit sur Laurent. Il gisait non loin du câble. Elle tomba évanouie.

Le corps était tout simplement coupé en deux au niveau de l’abdomen. Ses viscères avaient explosé sous le choc. Ils étaient répandus en une longue flaque sanguinolente derrière le corps.

Angèle n’osa approcher et cacha son visage dans le creux de l’épaule de Patrick.

David, suivi de près par Éric, accourut. Il se mit la main à la bouche en voyant le corps en charpie. Éric se tourna et vomit ce qui lui restait de son déjeuner.

David, matérialiste, alla vers Laurie et s’occupa à la réanimer.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Patrick.

David avait empoigné Laurie sous les aisselles et se chargeait de l’éloigner de la scène. Il se tourna sur son camarade.
- Donne-moi un coup de main, tu veux ?

Éric fut plus prompt. Il s’avança et saisit la jeune femme par le bras.
- Faudrait appeler les flics, reprit Patrick, qui n’avait pas quitté Angèle.
- Ah ouais ! Je te rappelle qu’aucun mobile ne passe ici, souligna David.
- T’as remarqué, chuchota Éric, le sweat, c’était celui de la vieille.
- J’ai vu, mais c’est juste un accident. La vieille, un mirage, un défaut d’optique… Qu’est-ce que je sais ! (Ce qu’il ne disait pas, c’était que la « vieille » ressemblait étrangement à sa tante. Disparue mystérieusement il y a un peu plus de cinq ans.)

Une fois Laurie en sûreté, les trois hommes se réunirent autour du corps. Angèle ne s’approcha pas. Elle osa un regard timide sur Laurie. Ce fut tout.
- Il faut prévenir quelqu’un, avança Patrick.
- Oui, c’est un minimum. David regarda le ciel à travers les frondaisons. La lueur du soleil s’affaiblissait et les arbres devenaient inquiétants.
- Mais, reprit-il, la nuit va tomber. La route n’est déjà pas évidente la journée, alors de nuit, non merci.
- Et pour lui ? Patrick désigna le cadavre.

David réfléchit un instant. Il était évident qu’ils ne pouvaient pas laisser le corps comme cela. Dans cet état, par contre, il leur était impossible de le transporter. Ils avaient tous suivi deux années d’études en hôpital, mais, là, cela dépassait tout. Ils avaient vu pas mal de chose, mais quand vous êtes concernés de près, ce n’est plus la même chose.
- La police va vouloir procéder à une reconstitution, commença-t-il, Éric et moi, allons retourner à la caravane. Nous reviendrons avec une bâche. Patrick, rassemble des pierres pendant que nous sommes partis. Il faut le recouvrir afin d’éviter les charognards et laisser tout dans l’état. Demain, à la première heure, j’irai en ville pour aller chercher la police. D’accord ? Il observa, un à un, les visages de ses amis. Ils étaient bouleversés. Normal, lui aussi. Dans ce cas, il était nécessaire d’éviter l’inactivité.
- On y va ? Fit-il en tapant légèrement sur l’épaule d’Éric .

Ils se mirent à marcher à grands pas vers la caravane.

Patrick les regarda s’enfoncer dans la végétation.

Angèle, qui éventait le visage de Laurie, se tourna sur lui.
- Moi, je ne reste pas ici. Dès qu’ils sont revenus, je me tire. Et vite fait !

2

- Qu’elle drôle de coïncidence, tu ne trouves pas ?

David regarda son ami.
- Je ne pense pas que ce soit une coïncidence, si tu veux mon avis.

Ils couraient à moitié depuis qu’ils avaient pénétré au plus profond de la forêt. Leur souffle, malgré un bon entraînement sportif, commençait à manquer. Devant eux, dans la pénombre, la caravane se dégageait de l’ombre.
- Comment ça ? Pas une coïncidence ? Tu peux m’expliquer ?
- J’y réfléchis depuis tout à l’heure. David s’était subitement remémoré que, lors de son héritage, le notaire lui avait donné un petit livre. Une sorte de journal intime qu’avait écrit son oncle, d’une écriture minuscule. Il l’avait parcouru sans vraiment s’y être intéressé. D’autant plus qu’il était écrit en une drôle de langue. Il ne s’y était pas penché plus en avant, car, en ces périodes d’examens, il avait d’autres chats à fouetter. Il l’avait donc laissé tout au fond de ses oubliettes mémorielles.

Cela ne l’avait pas marqué outre mesure, mais à présent, alors que son ami était étendu là-bas sous les arbres, ce petit livre devenait important. Et, à l’instant où Éric lui avait parlé, il s’était souvenu qu’il l’avait emmené avec lui dans la caravane.

Il s’approcha de la caravane. Tout était calme. Les animaux s’étaient tus à leur approche. Ils attendaient leur départ pour reprendre leur vie nocturne. La voiture de leurs amis, un cabriolet vert métallisé, était garée non loin de là. L’on entendait la mécanique qui cliquetait en se refroidissant. Quant à Éric et David, ils étaient venus en scooter et ils étaient sous une tonnelle, derrière la caravane.
- Attends-moi ici, dit-il, j’en ai pour un instant. Il ouvrit la porte et entra. Éric n’était pas très rassuré. Il examinait les alentours avec une certaine appréhension. La température était brusquement tombée et il frissonna. Il entendit David qui fouillait partout. Le bruit d’une bâche que l’on secoue se fit entendre. La bâche vola dehors.
- Attrape, lança David.

Éric plia la bâche comme il le pouvait. C’est-à-dire, en une grosse boule bien fripée.

David furetait partout dans cet endroit pourtant exigu.

Où ai-je bien pu le fourrer ? se demandait-il en ouvrant tiroirs et armoires.

Il leva une à une les trois assises de la banquette en forme d’U située autour de la table. Ce fut dans le coffre de la deuxième qu’il trouva ce qu’il cherchait. Le livre était là. Un élastique rouge l’encerclait pour qu’il ne s’ouvre pas de façon inopinée et qu’il abîme ses précieuses pages.

David s’agenouilla afin de récupérer le journal. Il l’extirpa du maelström d’objets aussi hétéroclites qu’inutiles. Il glissa l’élastique et l’ouvrit. Dans les ténèbres s’épaississant sans cesse, il ne vit qu’un amalgame de gribouillis. Il jura entre ses dents. Il releva brusquement la tête et la cogna contre l’assise relevée à quarante-cinq degrés et maintenue dans cette position par une tige métallique. Cette dernière sortit de son emplacement et l’assise tomba sur le crâne déjà endolori de David.
- Merde ! jura-t-il en repoussant la planche. Il se redressa et empoigna une lampe frontale et une torche à batterie rechargeable. Cette dernière était beaucoup plus puissante. Il enfila la lampe frontale. Il enfonça le minuscule interrupteur logé à même le boîtier de la pile carrée. Un halo clair se dessina. Immédiatement, il se mit à éclairer le livre.

Le livre était rempli d’écritures à n’en plus finir. Tout était incompréhensible.

Il feuilleta rapidement les pages à la recherche de quelque chose écrit dans sa langue. Quand, soudain, il réalisa. Il revint en un seul geste à la première page et se concentra sur les lignes.

« Quel con ! » se blâma-t-il, « C’était pourtant évident. »

Il éclaira la caravane à la recherche d’un miroir et n’en découvrit aucun.

Deux hommes qui font les singes dans les arbres ne prennent pas de glace ! Allons !

Son esprit chercha un moyen de lire ce fameux texte. Il se pencha une nouvelle fois dessus, mais ne comprit rien. Il ne put que déchiffrer des mots par-ci par-là. Le sens général restait obstinément secret.

Son cerveau lui trouva ce qu’il voulait. « Les rétroviseurs de la voiture. »

Il sortit de la caravane sous l’œil interrogateur d’Éric. En passant, il lança la torche à son ami. Celui-ci s’empressa de l’allumer comme si la lumière pouvait le protéger.

David se planta à droite de la voiture. Il ouvrit le livre et le plaça devant le rétroviseur. Il se décoiffa de la torche et vint mettre le rond de lumière sur le livre. Comme par enchantement, les phrases devinrent lisibles.

La première phrase le cloua de stupeur.

« Cher fils, si tu peux lire ceci, c’est que je suis mort. »

Devant cette nouvelle, qui en fait ne le surprenait pas réellement, il leva la tête et se remémora son enfance. Il est vrai qu’il avait été adopté. Son cerveau cherchait des explications, émettait des suggestions, donnait des réponses.

Sa mère adoptive n’était en fait que la sœur de son père. Ce qui fait d’elle sa tante ! Il comprenait subitement la raison de son legs, à lui, et pas à un autre.

Il se mit à lire avidement les paragraphes.

Et, plus il avançait dans le recueil, plus son visage se défaisait.
- Qu’est ce que tu fous ? demanda Éric derrière lui.

Il eut un mouvement de recul. Son cœur s’emporta et ses battements résonnèrent dans sa poitrine.
- Tu m’as fait peur, fit-il en éclairant son ami.
- Tu ne crois pas qu’il serait temps de rejoindre les autres ? D’un geste calme, Éric baissa la torche qui l’éblouissait.
- Attends, attends, il faut que je finisse ce livre.
- Ben, lis-le sur le chemin du retour.
- Je ne peux pas, il me faut un miroir pour pouvoir le lire.
- C’est si important ? s’impatienta Éric en observant le cahier.
- Oui, cela va peut-être nous apporter la réponse à cette vieille que l’on a vue.

Éric réfléchit un instant, secoua la tête et fit une moue d’approbation :
- D’accord, c’est important.
- Surveille, j’en ai plus pour longtemps, d’accord ?

Éric hocha du chef.
- Tu m’expliqueras ? demanda-t-il en se retournant.
- Évidemment, répondit, d’une voix absente, David, qui s’était déjà replongé dans sa lecture.

Éric dessinait avec le rond de sa torche des figures fantomatiques sur les frondaisons. Son attente s’était transformée peu à peu en ce jeu, stupide certes, mais cela passait le temps et estompait sa peur.

Derrière lui, David dévorait le cahier et, de temps à autre, il poussait de petites exclamations.

La comptine avec son air lugubre arriva en un crescendo discret. Comme si elle voulait endormir son auditoire.

Éric cessa tout mouvement. Sa torche stoppa net sa course sur un groupe d’orties assez haut. La comptine s’approchait, mais il ne voyait pas cette sorcière. Sorcière, oui ! Parce que lui avait décidé de l’appeler ainsi.
- David, murmura-t-il sans se retourner.

Soudain, il la vit. Elle était derrière un bosquet. Elle s’était agenouillée au bord du ruisseau et ses bras allaient d’avant en arrière. « Que lave-t-elle, cette fois ? » Se demanda Éric en faisant converger le faisceau de sa lampe sur la femme.

La clarté de la lampe ne fit aucun effet sur l’apparition. La seule chose bizarre que remarqua Éric, ce fut qu’elle paraissait un peu moins précise que tout à l’heure. Enfin, moins précise, plus diffuse quoi ! Comme si elle devenait transparente.

Il voulait voir ce qu’elle lavait. Donc, il s’approcha tout doucement. Elle n’eut aucune réaction. Elle continua son labeur comme s’il n’était pas là.

Mais lui sentait bien qu’elle avait décelé sa présence.

Il avança encore un peu et marcha sur une branche tordue qui craqua. Il grimaça et arrêta net.

La femme n’eut aucun mouvement. La litanie ne fit pas de pause.

De son côté, David avait compris le sens général du carnet de son père. Il était grand temps d’agir. Il referma le carnet en le claquant et se tourna pour voir Éric à moins de cinq mètres de sa propre mère.
- Attrape-la ! cria-t-il en s’élançant vers son ami.

Éric sursauta et se retourna :
- Quoi ? L’attraper ?

Il pivota sur ses talons afin de revenir sur la sorcière. Son sang se glaça d’effroi. Elle était à moins de vingt centimètres de son visage. Ses orbites vides et ténébreuses le fixèrent. Comme si elles pouvaient fixer quelque chose ! Elle flottait en l’air et rien ne semblait la soutenir.

Elle ouvrit grand la bouche et lui exhala son haleine fétide et glaciale.

Sur le coup, il tomba à la renverse en poussant un cri.

Elle s’avança sur lui et se positionna juste au-dessus de son thorax. Une de ses mains griffues et rachitiques vint caresser son torse. Il sentit les doigts pianoter sur ses côtes. Il voulait hurler, mais sa gorge refusait obstinément de pousser ce cri qui le libérerait.

La sorcière leva la tête, son visage changea subitement, comme si elle avait peur.

Elle s’écarta d’Éric, ramassa quelque chose, un vêtement sûrement, et disparut à une vitesse vertigineuse.

Éric se releva précipitamment. Il se frotta énergiquement le corps pour chasser les effluves qui planaient autour de la sorcière. Il avait l’impression qu’une main glacée avait pénétré au plus profond de son être et lui avait frigorifié les poumons et le cœur. Les doigts effilés avaient couru sur son corps et il ressentait comme si l’on avait craqué une craie sur un tableau. Avec les frissons qui vous agacent, vous font grimacer et plisser les yeux de dégoût.

David arriva sur lui et demanda :
- Qu’avait-elle comme habit ?
- Qu’est-ce que j’en sais moi ! J’ai pas fait attention ! Il continuait de s’épousseter afin d’effacer les dernières souillures qu’aurait pu lui laisser l’entité.

David l’attrapa par les poignets pour qu’il mette un terme à ses mouvements frénétiques.
- Il faut que nous la rattrapions, dit-il calmement.

Éric cessa tout mouvement et logea ses yeux dans celui de son ami.
- Moi, je ne rattrape rien du tout, s’énerva-t-il, je me casse d’ici et vite fait ! Il se libéra des mains de David.
- Il le faut. C’est ma mère, ce fantôme.

Éric stoppa net ses mouvements et observa son compagnon.
- Tu as bien entendu, répéta ce dernier, c’est ma mère, ma vraie mère.
- Bon, vas-y, explique-moi ce que tu as lu sur ce bouquin.
- Il y a plus de vingt ans, mon père avait tous ces champs, qui ne donnaient plus rien. Il allait mettre la clef sous la porte de son exploitation quand, un rebouteux lui suggéra de faire un pacte avec les elfes. Ce qu’il fit sans trop y croire. Mais cela fonctionna bien au-delà de ses espérances et ses champs lui donnèrent tout ce qu’il voulait. Seulement, et tu t’en doutes, il y avait une contrepartie avec les elfes. Il devait leur offrir sa première progéniture. Les elfes avaient promis de ne venir chercher leur dû que vingt ans après. Ce qu’ils ont fait. Mon père, entre temps, m’avait mis en adoption chez sa belle-sœur. J’ai changé de nom, mais on ne trompe pas si facilement les elfes. Par vengeance, ils transformèrent ma mère en cette entité que tu vois. Elle errera tant que mon père n’aura pas rempli sa part du marché.
- Attends, attends, l’interrompit Éric, déjà ton père est mort depuis deux ans et depuis quand tu crois ces sornettes ??
- Depuis que mon ami s’est fait couper en deux par un câble épais comme mon pouce et qu’une femme se balade dans la forêt en lavant les habits du futur défunt. Et comme tu l’as si bien dit, mon père est mort depuis deux ans. Donc, ma mère ne peut être sauvée. À moins que nous parvenions à la capturer et que nous prononcions les trois phrases qui sont dans ce livre. Elles sont censées faire passer son esprit dans l’autre monde. Ainsi, elle ne hanterait plus ces terres.
- T’es bien gentil, mais je ne sais si tu as vu à quelle vitesse elle file. Pour l’attraper, ça ne va pas être du gâteau.
- Il va falloir trouver un moyen, sinon, chaque fois qu’un randonneur se trouvera sur un des terrains qui ont appartenu à mon père, elle le tuera.

À cet instant, un craquement terrible déchira la nuit. Il venait de l’endroit où ils avaient laissé leurs amis. Un hurlement strident se fit entendre. Le craquement devint sourd et un mugissement allant de plus en plus fort accompagna ce cri. Un choc sourd retentit comme si une chose énorme avait heurté une autre chose énorme. Le cri s’étrangla et se tut. Le silence revint.

David et Éric s’élancèrent. Ils s’attendaient au pire. Leurs lumières éclairaient au bon vouloir leur course effrénée. Leur halos débusquèrent, tantôt les yeux verts d’un lapin figé par cette lumière aveuglante, tantôt une araignée tissant sa toile entre deux branches, tantôt un papillon de nuit qui virevoltait un court instant dans ce rond de clarté.

Quand ils parvinrent dans la clairière, Laurie était debout, pétrifiée par une scène qu’ils redoutaient de voir.

Patrick et Angèle étaient enlacés comme deux amoureux. Malheureusement, cette posture serait aussi leur dernière. Un tronc d’arbre les avait transpercés puis cloués contre un autre arbre, beaucoup plus gros celui-ci. Tout avait dû se passer très rapidement et très violement, car, les deux corps avaient été surpris et emmenés sans avoir le loisir de réagir. Les deux corps étaient suspendus à une cinquantaine de centimètres du sol herbeux. Leurs pieds étaient encore secoués par des mouvements spasmodiques.
- Nom de nom ! s’exclama David.

Éric alla droit sur Laurie pendant que David se dirigeait sur les deux cadavres. Il espérait, sans trop y croire, qu’un souffle de vie animait encore les deux amoureux.

Un sentiment de dégoût gagnait son esprit. Comment son père avait-il pu faire un pacte avec les elfes et ne pas respecter son engagement ?

Angèle et Patrick étaient on ne peut plus morts. Il lui fut inutile de palper leur pouls. L’état de leur abdomen sanguinolent ne laissait aucun doute possible.

Trois morts en moins de deux heures !

C’était trop pour lui. Son esprit avait beaucoup de difficulté à reprendre pied.

Quant à Éric, il avait empoigné les mains de Laurie.
- Que s’est-il passé ? demanda-t-il sans conviction.

Laurie ne broncha pas, ses yeux fixes ne regardaient rien de précis. Elle tremblait de tout son corps et son visage était d’une pâleur cadavérique.

Éric la secoua légèrement et réitéra sa question.

Elle baissa les yeux sur lui.
- La grosse branche est tombée comme un pendule, répondit-elle, ils ont été emportés et, ensuite, plaqués contre l’arbre. Ils n’ont rien vu venir et moi non plus.

Elle cessa de parler et jeta son regard sur le haut des arbres, qui étaient plongés dans l’obscurité totale.

Éric la prit par la main et l’emmena rejoindre David.

Ce dernier, quand ils furent sur lui, fit un signe de tête pour demander à Éric dans quel état était Laurie. Éric secoua la tête négativement. Il lâcha la femme et vint se positionner à côté de David.
- Je pense qu’il faut filer d’ici. Tu crois pas ?
- Et laisser ma mère errer dans ces forêts sans espoir de repos ?
- Ta mère, ta mère ! T’en as de bonnes ! Une réplique d’humain qui tue tout ce qui bouge, oui !
- Tu as peut-être raison, mais, si on l’attrape, nous sauvons son âme et nous sauvons les éventuels randonneurs qui auraient affaire à elle.
- D’accord. Et comment procède-t-on pour l’attraper ?
- Il faut longer le ruisseau, car il est impératif qu’elle soit à côté d’un cours d’eau afin de laver un des vêtements du défunt. Mais en premier lieu, nous allons amener Laurie à la voiture. Nous lui donnerons quelques calmants et, ensuite, nous pourrons débusquer ma mère.
- Tu comptes laisser Laurie seule dans la voiture pendant que nous courons après cette chose ?
- A-t-on le choix ?
- Oui, nous avons le choix de prendre la voiture à trois et de filer vite fait bien fait. Même en pleine nuit.
- Tu penses qu’elle nous laissera partir ?
- Qu’est ce que l’on risque à essayer ? Plutôt qu’à la pourchasser à travers la forêt comme des cons !

Évidemment, pensa David. Il jeta un regard circulaire. La forêt était à présent plongée dans le noir. Le seul fait de rallier la voiture allait être une véritable aventure. Alors, retrouver sa mère !

La comptine qui arriva doucement sur eux le décida.
- Allez, on se tire.

Les deux hommes attrapèrent Laurie et la guidèrent sur le chemin de la caravane. Leurs lampes diffusaient un halo jaunâtre. Les piles montraient des signes de fatigue.

La comptine allait en s’amplifiant. Elle semblait les encercler, repartait et revenait par un autre chemin. Comme si elle tournait autour d’eux et qu’elle attendait le moment propice pour frapper.

Le plastique blanc mat de la caravane se révéla devant eux et ils purent souffler un peu. La voiture était garée juste derrière et les clefs étaient sur le contact. Ses amis laissaient toujours les clefs sur le contact quand ils venaient ici.

Éric se détacha du groupe et courut afin d’ouvrir les portières.

Ils installèrent Laurie à l’arrière et la couchèrent sur la banquette.

Pendant qu’Éric s’affairait à recouvrir la jeune femme d’un plaid, David se mit derrière le volant.

Un coup de clef. Le moteur partit. Les phares illuminèrent le chemin. David s’attendait à voir, au beau milieu du chemin, sa mère accroupie, attendant sagement qu’ils s’offrent à elle. Mais non, elle n’était pas là. D’ailleurs, il venait de remarquer que la comptine ne diffusait plus son agaçante oraison.

Éric s’installa à côté et ni l’un ni l’autre ne pensa une seconde à boucler leur ceinture de sécurité.

David démarra et s’engagea sur le chemin aux ornières se creusant sans cesse depuis de nombreuses années. L’herbe repoussait tant bien que mal au centre de ces deux ornières, mais les bas de caisses des voitures la raclaient sans relâche et elle ne parvenait qu’à émerger ici et là en de timides pousses.

Éric jeta un œil sur Laurie. Elle paraissait dormir. Du moins, il l’espérait. Cela ne pouvait que lui faire du bien.

David maudissait ce chemin, qui l’empêchait de passer la troisième vitesse. Les cahots incessants, les roues ramenées sans cesse vers les ornières, les branches qui frappaient avec insistance sur la carrosserie, tout ceci émoussait plus encore les nerfs des deux hommes. Leurs visages n’étaient plus que des ombres. Quand la comptine revint. Tout d’abord lointaine, elle s’approcha. Le son allait en grandissant. Il semblait les contourner, les dépasser comme pour leur faire une queue de poisson et les contraindre à s’arrêter.

Les yeux des deux hommes cherchaient frénétiquement où se dissimulait la créature. Un paquet de fines branches touffues gifla violemment le côté droit de la voiture.

David et Éric sursautèrent et se crispèrent sur leur banquette.

À cet instant, venant des ténèbres de la forêt, une sorte de paquet flasque flotta un instant dans les airs. Il vint se plaquer contre le pare-brise en un « floc » disgracieux.

Éric reconnut instantanément l’origine de ce paquet.
- Ce n’est qu’un blouson gorgé d’eau, fit-il en fouillant du regard la forêt.

David ouvrit la bouche, mais n’eut pas le temps de prononcer le moindre mot. Une énorme branche vint exploser le pare-brise. Son tronc aux échardes épaisses transperça de part en part Éric, son fauteuil et la banquette arrière. Le fauteuil sur lequel Éric était assis s’allongea brusquement sous le choc. Ses charnières se tordirent comme de vulgaires bouts de ferraille. Éric, le visage constellé d’éclat de verre, fut emporté avec l’énorme branche. Son buste se plia, sa colonne vertébrale se brisa et il passa au travers de son fauteuil. Son corps, recroquevillé en une grotesque posture, épousa la banquette arrière et se lova autour de la branche.

Et comme par magie, Laurie n’eut rien. Le premier choc l’avait mise à terre et elle s’était recroquevillée entre les banquettes.

La voiture fit un bond sur elle-même et fut stoppée net.

David se mit à hurler. Ce hurlement, que vous poussez lorsque vous sentez la folie gagner rapidement votre esprit. Il s’extirpa de l’habitacle couvert de sang et, sans cesser de hurler, il s’enfonça dans la forêt.

Les phares de la voiture continuèrent d’éclairer cette scène dantesque et Laurie ne broncha pas. Certainement que la folie avait envahi son cerveau fragilisé depuis la mort de son petit ami. Maintenant, elle errait dans ce monde, où le cauchemar n’est qu’un perpétuel recommencement.

David ne courut pas longtemps. La lueur des phares s’estompa et il chercha un refuge. Il s’enfonça dans un bosquet aux branches drues. Haletant, il guetta par-dessus les branches qui laissaient entrevoir un rai discret et lointain.

La comptine était toujours présente. Lancinante et dévorante. Les mains postées devant la bouche, David écoutait. Ses yeux hagards s’affolaient au plus petit crissement. Soudain, juste devant lui, à moins d’un mètre, les branches s’effacèrent. Une main griffue aux longs doigts creusa un trou dans le bosquet. David sentit un hurlement de terreur qui l’envahissait et refusait de sortir. Son cœur battait la chamade. Il voulait s’évader de son enveloppe charnelle, qui allait bientôt devenir obsolète. Les yeux de David s’écarquillèrent d’effroi quant il vit la chevelure blanche avec ses mèches qui volaient alors qu’il n’y avait pas une once de vent. La tête de sa mère entra doucement, mais sûrement dans le bosquet. Son visage livide le fixait sans laissait transparaître le plus petit émoi. Soudain, un rictus déforma ses lèvres décharnées. Les paroles de la comptine lui parvinrent distinctement. Son corps parut se vider de toutes substances.

« Dors, l’enfant dort, l’enfant dormira bientôt. »

Elle fondit sur lui.


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