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Phénix existait avant Phénix Mag. Créé en 1985, 59 numéros à son actif, voici l’histoire de l’oiseau de feu, une histoire hors du commun.

HISTOIRE D’UN OISEAU DE FEU

Par Pierre Efratas

Paru dans PHENIX n°50 (mars 1999)

C’est fou comme certains anniversaires tombent bien : nous fêtons le nôtre au moment où, jamais depuis les années cinquante, la vague des littératures de l’imaginaire n’a écumé plus haut. Les publications SF, fantastiques et tutti quanti se télescopent, le multimédia et le cinéma font chorus, et les revues de genre, petites ou grandes, spécialisées ou généralistes, académiques ou grand public, se pressent dans les linéaires et les devantures.
Il n’en a pas toujours été ainsi, loin de là. Il fut même un temps pas très lointain où de doctes rescapés bibardus de la Planète Imaginaire ratiocinaient en d’étiques assemblées recueillies sur la liturgie du " ghetto de la science-fiction française " (ici : psaume sur musique de ’In The Ghetto’) ou encore sur " l’impossibilité qu’il y a d’intéresser des lecteurs cartésiens aux œuvres de fantasy " (Saint-Tolkien, priez pour nous).
En ce temps-là, le monde des revues n’était qu’un désert plus ridé encore que les caravaniers qui le traversaient, transportant avec abnégation la Flamme de conventions en congrès dans l’attente mystique du renouveau. Sous un pareil climat, la plupart des feuilles ne tenaient pas leurs trois numéros, la sénescence du grand arbre " Fiction " avait figé chacun d’horreur et il ne restait plus à la SF Canal Historique qu’à publier des canards clandestins très vite déplumés. De plus, de fanzine à fanzine, on se méfiait ou on s’ignorait superbement, on se critiquait, on se jalousait, on s’envoyait des flèches empoisonnées, ou on se regardait en chiens de faïence quand on ne se disputait pas vilainement comme des cabots (sous ces aspects-là, je te rassure, c’est toujours le bon vieux temps).
Il fallait donc une formidable dose d’inconscience, donc de jeunesse, pour prendre le pari de monter une nouvelle revue destinée au plus large public d’une francophonie débarrassée de ses frontières absurdes, sans trop de chichis intellos ni de tralalas mercatiques. Une revue ambitieuse, certes, mais qui essayerait de ne pas trop se prendre au sérieux.
Là où l’entreprise prenait un tour carrément épique, c’est que l’équipe de départ ne possédait que son capital d’enthousiasme. De surcroît, il fallait instamment se fourrer des boules Quiès dans les étagères à mégots pour ne pas entendre les trois malédictions culturelles adressées aux pères (et mères) fondateurs. Primo : la langue française pèserait son content de peanuts face à l’anglo-saxisme galopant. Secundo, éditer depuis l’Outre-Quiévrain consisterait à passer pour des provinciaux patoisants confondant Voltaire avec une marque de mayonnaise. Tertio, dans le cadre de l’État belge déliquescent, les créateurs francophones de Wallonie et de Bruxelles devraient se recroqueviller comme de honteuses Cendrillon sur leur citrouille aussi minoritaire que déficitaire.
Le problème, c’est qu’en créant Phénix, Marc Bailly et consorts ajoutaient à leur candeur deux autres défauts, rédhibitoires certes, mais qui, à l’expérience, se révéleraient salvateurs : la méconnaissance feinte de la géopolitique et de ses œuvres ainsi qu’un caractère carrément cabochard, infiniment récalcitrant aux grands discours. (Il est vrai que je n’étais pas encore de la bande : vous verriez comme ils ont changé en bien.)
Quatorze ans plus tard, Phénix tient toujours. Mieux : il se porte comme un charme, et son équipe multiplie les projets, à commencer par " Imaginaire 99 ", le Premier Festival International des Littératures de l’Imaginaire de Bruxelles qui se déroule au moment même où vous découvrez ces pages.
De quelques dizaines d’exemplaires vendus de la main à la main en 85, Phénix est passé à plusieurs milliers d’exemplaires dans toutes les bonnes librairies et maisons de la presse de France, de Belgique et de Navarre. Ses pages ont accueilli les plus grandes plumes et ont contribué à faire connaître celles qui allaient s’affirmer quand personne n’aurait osé parier un kopeck sur leur carcasse. Ses initiatives ont souvent enthousiasmé, parfois fait grincer des dents ou carrément scandalisé les bonnes âmes et les moins bonnes. Banco. C’était bien cela que recherchaient ses fondateurs : réveiller les littératures de l’imaginaire, les sortir de leur quartier réservé, stimuler les débats, susciter des interrogations, organiser des rencontres.
Place donc, en version digest(e), à l’historique de votre oiseau de feu préféré...


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